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| BECK |
| Guero |
| Interscope |
| 2005 |
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| 8 sur 10 |
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On ne sait jamais trop à quoi
s'attendre d'un nouvel album de Beck. Après un Midnite Vultures qui ressuscitait
Prince bien avant que les années 80 ne deviennent la saveur du mois et la mélancolie
symphonique de Sea Change, bien clairvoyant était celui qui pouvait prévoir ce à
quoi ressemblerait Guero. Un nom, cependant, donnait une idée de la direction que
prendrait probablement Beck sur son huitième album, celui des Dust Brothers, producteurs
du classique Odelay de retour pour la première fois depuis cette collaboration
marquante. Dès qu'il fut annoncé que le duo travaillerait de nouveau avec cette figure
de proue du mouvement alternatif des années 90, on sentit un regain d'intérêt marqué
pour le projet. Il faut dire qu'avec ses albums précédents, Beck avait progressivement
perdu l'intérêt d'un public obsédé par l'idée de pouvoir caser les artistes
facilement question d'en simplifier la consommation.
L'idée d'une suite à Odelay devrait donc logiquement en attirer plusieurs qui
furent intimidés par les frasques éclectiques de monsieur Hansen dans les dernières
années. Cela dit, Guero n'est pas une simple relecture du populaire album de 1996
et s'inscrit plutôt dans l'oeuvre de Beck comme une véritable consolidation de ses
multiples personnalités en un album cohérent. Ce qui d'emblée pousse les références
à Odelay en avant-plan, c'est le regain d'intérêt de Beck pour ce hip hop déglingué
qu'il avait délaissé depuis Mutations. En ce sens, il est certes fort possible
que Qué Onda Guero et l'excellente Hell Yes, par exemple, réjouissent les
nostalgiques de l'époque de Mellow Gold et d'Odelay. Mais, au contraire de
l'esthétique éclatée et du recyclage musical en courtepointe de ce dernier, Guero
est un album qui concentre chaque chanson sur une seule idée.
C'est Beck le compositeur et non Beck le bricoleur auditif qui est aux commandes ici. En
ce sens, on a affaire avec Guero au même artiste qui avait méticuleusement
assemblé chaque détail du léché Sea Change. Loin de la spontanéité que l'on
croyait sienne à ses débuts, le Beck mature de 2005 assume pleinement son côté posé
et perfectionniste. Guero est un album pop finement ciselé qui découle d'un
travail attentif. Cette perception que Beck est un artiste chaotique est une bonne fois
pour toute rejetée par ce nouvel album et par des pièces telle que la splendide Earthquake
Weather, dont l'éclectisme est calculé et non improvisé.
Ainsi, Guero a tout d'une rétrospective de carrière volontairement organisée.
Tout Beck, du hip hop surréaliste de Mellow Gold au folk orchestral de Sea
Change en passant par les rythmes latins de Mutations, a ici droit à un clin
d'oeil. Heureusement, l'album ne semble pas maladroitement rabouter les différents pans
d'un parcours imprévisible en une bouillabaisse déséquilibrée comme l'on pouvait le
craindre. Au contraire, Guero est un album de pop intelligente savamment assemblé
par un artiste en pleine possession de ses moyens. Sans tomber dans le piège facile de
bêtement donner au public ce qu'il voulait, Beck réussit néanmoins à offrir son album
le plus accessible et le plus typiquement Beck depuis Odelay.
Il serait à ce point-ci injuste de demander à l'artiste américain un nouvel Odelay,
car il faut accepter que, comme Radiohead qui ne répétera jamais l'exploit d'OK
Computer, les Beastie Boys qui feront jamais plus de Check Your Head ou Sonic
Youth desquels il faut arrêter d'espérer un classique du calibre de Daydream Nation,
le chef-d'oeuvre définitif de Beck est derrière lui. Mais avec Guero, ce
caméléon musical prouve une fois de plus sa pertinence. Les fans seront encore une fois
comblés, alors que les autres devraient fort probablement s'intéresser à cet album
dynamique et hautement ludique. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 4
Avril 2005 |
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