BELL ORCHESTRE
Recording a Tape the Colour of the Light
Rough Trade
2005
5 sur 10
En 2004, notre fierté municipale The Arcade Fire a capturé le coeur des mélomanes de la Terre entière avec son glorieux Funeral. Même des gens qui se tiennent habituellement loin de tout ce qui est classifié dans la famille élargie de l'indie-rock ont été ravis par ce que l'on peut potentiellement qualifier de meilleur album pop depuis le formidable Soft Bulletin des Flaming Lips. Funeral fût une véritable bénédiction auditive. Mais après une année complète à entendre tous les groupes anglophones d'Amérique et d'ailleurs tenter d'en singer le caractère insaisissable, il est normal qu'une certaine irritation s'installe suite à la célébration.

Comptant parmi ses rangs deux membres d'Arcade Fire, le Bell Orchestre est l'objet d'une attention médiatique hors du commun dont la plupart des formations post-rock ne bénéficient pas. Car, bien qu'il partage avec la formation que l'on ne nommera point un certain optimisme triomphant, le Bell Orchestre est une formation instrumentale que l'on associera plutôt aux Godspeed You! Black Emperor et autres Explosions in the Sky qui sévissent actuellement.

Force est d'admettre qu'au delà de la filiation à vous-savez-qui, rien ne semble justifier que l'on écoute plus d'une fois le premier album de la formation Recording A Tape the Colour of the Light. Selon les standards actuels du genre, le Bell Orchestre propose une musique plutôt inodore et incolore qui se distingue surtout par ses penchants rock et pop plus évidents qu'à l'habitude. En soi, il n'y a rien de mal à cela. En fait, c'est d'ailleurs lorsque la formation exploite véritablement cette veine plus rock qu'elle se dirige quelque part. La seconde partie de Les Lumières brille par son énergie franche et radieuse ainsi que par son accessibilité instantanée alors que les solides Throw It On A Fire et Salvatore Amato bougent tellement qu'elles en deviennent presque dansantes. Voilà un terme que l'on utilise rarement pour parler de post-rock.

Mais c'est tout ce qui se distingue de ce cocktail moyen, enregistré sans grande inspiration, qui assaisonne de cloches scintillantes un rock instrumental commun et pédestre. Les rares excentricités qui traversent l'esprit du Bell Orchestre semblent mal informées. Recording A Tunnel est enregistrée dans un tunnel comme son titre l'indique, mais ça n'en fait pas une pièce ambiante intéressante pour autant. Oui, mesdames et messieurs, Recording A Tape (Typewriter Duet) intègre une machine à écrire à une composition post-rock! Mais qu'est-ce qu'on s'en fout si la pièce en question est d'un tel ennui...

Tout, ici, est subdivisé en segments isolés et en idées solitaires. Alors que les meilleures formations post-rock réunissent et orchestrent avec un sens inné du grandiose, le Bell Orchestre sépare en morceaux disparates des idées qui auraient gagnées à être amalgamées en un tout cohérent. En bout de ligne, le groupe livre une jolie bouillie informe pleine de clochettes. De quoi rendre jaloux le Père Noël.

En fait, Recording A Tape the Colour of Light saura charmer les fanatiques d'Arcade Fire qui entrent rarement en contact avec l'univers du post-rock mais ne comblera pas les attentes des connaisseurs plus attentifs qui trouveront le tout beaucoup trop ordinaire pour appuyer de façon motivée le groupe. Dans un univers où la compétition est féroce, le Bell Orchestre ne fait pas le poids. Mais compte tenu du fait qu'il y a parfois neuf musiciens sur scène durant un spectacle d'Arcade Fire, parions que l'on verra d'autres projets parallèles voir le jour. Meilleure chance la prochaine fois...
- Alexandre Fontaine Rousseau, 1er Janvier 2006

 

 

Pistes
01 recording a tunnel (the horns play underneath the canal)
02 les lumières, pt. 1
03 les lumières, pt. 2
04 throw it on a fire
05 recording a tunnel (the horns play underneath the canal) (continued)
06 the upwards march
07 the bells play the band
08 recording a tape... (typewriter duet)
09 nuevo
10 salvatore amato
11 recording a tunnel (the invisible bells) (frost)