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| MICHEL F. CÔTÉ |
| (Juste) Claudette |
| Ambiances Magnétiques |
| 2007 |
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| 8 sur 10 |
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La scène des « musiques actuelles
» montréalaise peut, aux premier abords, sembler ardue à définir précisément;
chose certaine, le travail de Michel F. Côté en a fortement modifié le code génétique
au cours des vingt dernières années. Fusion entre le jazz et l'expérimentation plus
libre, éclatement des conventions rythmiques, évocation du minimalisme et du bruitisme:
tous ces éléments se retrouvent, en pièces parfaitement rattachées, sur son plus
récent projet (Juste) Claudette. Certains diront qu'il s'agit grosso modo d'un
nouvel album de sa formation Klaxon Gueule, puisque l'on reconnaît au générique les
acolytes de cette aventure Alexandre St-Onge et Bernard Falaise. Mais (Juste) Claudette
est autre chose, à la fois distillation accessible des tendances plus agressives de
Côté et configuration nouvelle d'une entité musicale préexistante. Au trio initial -
guitare, contrebasse, percussions - s'ajoute ainsi le clavier mordant de Jesse Levine,
instrument qui dès Des prunes affirme son importance au sein de l'ensemble. Tout au long
de l'album, ses contorsions abrasives se feront tour à tour moteur dramatique de l'action
puis tension en arrière-plan, contrastes comiques puis jurons violents. Levine ajoute au
chaos ambiant tout en le structurant, ses pulsions frénétiques précisant la charge
rythmique constamment fascinante de Côté.
Malgré quelques instants de calme, (Juste) Claudette se concentre davantage sur la
tempête. Sur l'excellente Arms Oil, le quatuor est sauvage et son énergie à la
limite tribale; les instruments s'entrechoquent dans leur échange, la guitare de Falaise
bourdonnant une progression torturée tandis que la batterie et l'orgue dialoguent au gré
d'un swing menaçant et enivrant. Les mélodies y sont des blocs de bruit, les solos de
foudroyants exorcismes. Frost Mohawk, morceau le plus instantanément accrocheur de
l'essai, évoque par son va-et-vient séismique et ses orgues de film d'horreur
l'esthétique du Amon Tobin de Permutations et Supermodified; c'est une
plongée du bord de la folie, formidablement cohérente dans son abandon de la raison.
Suite immédiate de ce morceau-clé, la courte et délirante Raccourcir en séchant
pousse ce délire plus loin - jusqu'au point de rupture, en fait. L'oasis de sérénité Descente
centrale nous replace joliment les esprits, pause essentielle en plein coeur d'un
ouragan qui reprend de plus belle avec le tumulte de Trou du jour.
Désordre savamment orchestré, le disque concocté par Côté et ses comparses brille par
la maîtrise avec laquelle il oscille entre saturation aliénante et relâche
libératrice. Sur (Juste) Claudette, les catégories musicales sont éclipsées
pour laisser toute la place à différents degrés d'intensité. D'une pièce à l'autre,
le groupe peut glisser d'un drone épars à une cascade de notes criardes avec une aisance
confondante. Les genres musicaux ne sont plus que différentes manières d'articuler
différentes idées: « Esthétiquement, Claudette ne saurait être étiqueté avec
précision. Comme toujours, je fuis les appellations contrôlées. C'est une musique sans
nom », affirme Côté pour décrire cet ensemble. Ses musiciens collent à cette vision,
lorsque par exemple la guitare très électrique de Falaise pousse quelques intonations
hard rock avant de faire volte-face pour enchaîner sur des accords jazz autrement plus
modérés.
En dépit de son brio technique, le groupe refuse de sombrer dans le trompe-l'oeil
spectaculaire; les débordements de ces échanges sont inspirés par une totale synergie
entre les musiciens et non par leurs égos respectifs. Cette musique a beau être
improvisée, le mouvement global y paraît parfaitement dirigé. Les pièces sont concises
et incisives, motivées par une idée claire que le groupe exécute avec une assurance
hors de l'ordinaire. Chacune dévoile une facette nouvelle de la même identité complexe:
Par en avant, mystérieuse et nocturne, Progress Is Made, abolition de la
notion de thème au profit d'un pur crescendo de violence. Puis, pour finir, cette
mélancolique reprise atmosphérique du Was de Vincent Gallo...
Toutefois, (Juste) Claudette impressionne d'abord et avant tout parce qu'il
détruit toutes les conventions associées au jazz mondain et conservateur. La guitare de
Falaise mitraille les échanges d'éclats noise-rock imprévisibles, et l'orgue de Levine
canalise l'outrance psychédélique de Sun Ra. Malgré toutes les nuances dont il fait
preuve, Côté bat ses peaux avec une ardeur brute qui ferait fuir moult hommes des
cavernes; St-Onge dévoile pour sa part un jeu raffiné, à la fois classique et
contemporain, qui sert de fondation à cette musique éclatée. Le quatuor embrasse
l'excès, domine le chaos, et ressort triomphant de son dangereux pari esthétique; celui
de concilier l'avant-garde à une certaine intelligibilité, de refuser l'hermétisme sans
compromettre l'intégrité d'une musique acerbe et farouche. Sans contredit, (Juste)
Claudette est l'un des disques jazz les plus férocement originaux de l'année 2007.
Et son rayonnement dépassera sans doute les cercles fermés pour trouver preneur chez les
amateurs de rock plus téméraires. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 30
Novembre 2007 |
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