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| DAN DEACON |
| Spiderman of the Rings |
| Carpark |
| 2007 |
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| 7.5 sur 10 |
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En tant qu'expert non-officiel et
autoproclamé de la pop branchée (lire: encensée par Pitchfork et compagnie) au sein de
l'équipe de Funkimusik, je me trouve dans une position particulière: je porte une
oreille tout attentive à des oeuvres suscitant tout au plus un déclic de vague
reconnaissance dans l'esprit de mes collègues. Les choses se corsent encore davantage
quand ma réaction à l'un ou l'autre de ces efforts se trouve à être favorable, mon
enthousiasme juvénile ne rencontrant dans sa course qu'un mur d'indifférence totale.
Telle est la cruauté de cette existence, et telle est la générosité de l'Internet:
celle de me donner une tribune! UN PUBLIC!!! Et à ce public invisible et anonyme, je
recommande de tendre l'oreille au premier album majeur de l'hurluberlu nommé Dan Deacon.
Apparemment diplômé d'un conservatoire ou d'un autre, l'auteur de Spiderman of the
Rings, titre n'annonçant déjà rien de bien révérencieux, se révèle comme une
anomalie complète dans le paysage actuel de l'électro-pop. Adoptant les sonorités de
l'ère 8-bit, Deacon ne participe pourtant d'aucun new wave revival et joue trop de
l'éclectisme et de la densité pour être justement qualifié de « minimaliste ». Trop
mélodique et tranchée pour que l'on puisse parler de « noise », cette musique pleine
de saturation ne se classe pas non plus facilement comme « techno », allant parfois
jusqu'à refuser la percussion dansante ou à la rendre franchement bizarre. De ses
inspirations fort hétéroclites, Deacon a tout simplement extrait un ensemble un peu
ténu, mais plein de bonnes ides valant à elles seules le détour.
Un peu comme Animal Collective le faisaient sur leur premier album avant de proposer une
pop tout simplement délicieuse, l'ouverture que constitue Wooody Wooodpecker
accueille les curieux et fait fuir les simples touristes. Tout, du rire du célèbre
pic-bois à la symphonie de synthétiseurs cheap proposée par le morceau, est ici
assemblé pour provoquer l'euphorie totale ou le profond dégoût, sans aucune place à la
nuance. Et comme c'est toujours le cas dans la démarche du groupe déjà mentionné, les
plus téméraires sont récompensés par un minimum de compositions intéressantes et
variées satisfaisant à plusieurs niveaux. Si le groupe Battles enregistrait cette année
l'équivalent rock d'une partie de Tetris, tous les morceaux tombant en place avec
grâce et précision, les meilleurs moments de Dan Deacon rappellent la vitesse et la
légèreté d'une bonne vieille run de Super Mario, avec tout ce que cela
implique de bévues et d'idioties. Mais tant que le feeling est bon!
The Crystal Cat est une chanson pop remarquable en raison de technicalités qu'il
serait sans doute ennuyeux d'énumérer, mais la frénésie et l'originalité n'en sont
pas les moindres qualités. Des effets de voix tordus et un esprit surf-rock bien aiguisé
contribuent à l'exotisme de cette pièce des plus réussies. Le plaisir continue sur Wham
City, véritable suite à la construction fort inventive, voyant Deacon briser une
propulsion pop des plus entraînantes, puis s'empresser de la réinventer dans un ton
militaire et spatial étrangement émouvant. Beaucoup ne sauront supporter les choeurs à
saveur Sesame Street ponctuant la longue pièce, mais ceux-ci gagnent en fin de
parcours une teneur épique franchement efficace. Ailleurs, Deacon fait preuve de douceur
sur Big Milk, rappelant la Frosti qu'enregistrait Björk sur Vespertine,
et invite l'auditeur à remplir les trous du squelette presque folk (mais certainement
hyperactif) d'une pièce comme Pink Batman ; j'imagine personnellement le morceau
interprété par un groupe punk spécialement violent, mais chacun y entendra ce qui lui
chante. De toute cette musique, plus que sa facilité à frapper des accords dramatiques
judicieux, ressort la volonté de Deacon de défier son public, de créer des associations
plus ou moins inédites dans un univers où le jeu, au sens le plus puéril, demeure
primordial.
Le reproche le plus souvent adressé à l'artiste de Baltimore est de s'adresser à une «
clique », de vivre ses trips en envoyant paître un peu tout le monde. Je
rétorquerai que l'intelligence de Deacon est de bien cibler son public et de chercher une
vive réaction de sa part plutôt que la simple satisfaction de ses attentes (d'autant
plus qu'un bonbon dansant comme Snake Mistakes pourrait difficilement être
qualifié de TRÈS excentrique). En spectacle, Dan Deacon chante mal, bouge encore moins
bien, mais entraîne son public dans une cascade de sonorités exubérantes et hors du
commun, alimentant une proximité qu'il ne fait que renforcer en s'installant souveant au
beau milieu de la foule. Il est possible que personne ne se souvienne du tourbillon Dan
Deacon dans quelques années, mais ses idées plus créatives que la moyenne sauront sans
doute trouver preneur dans l'immédiat. L'influence de Daft Punk est gardée au strict
minimum, ne serait-ce qu'en simple clin d'oeil, et la volonté de s'inscrire dans une mode
semble tout à fait absente de cet album électronique cherchant tout sauf...
l'indifférence. |
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| - Louis Filiatrault, 18 Janvier
2008 |
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