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| THE DIRTY TRICKS |
| Sauve qui peut! |
| Blue Skies Turn Black |
| 2007 |
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| 7 sur 10 |
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Le rock ne prend pas de bains. Il sent
la sueur, pour mieux faire peur aux bien-pensants. S'il est légèrement stupide, c'est
qu'il vient des tripes et non de la tête; et c'est pourquoi il n'évoluera pas simplement
pour plaire aux esthètes. Sauve qui peut!, premier long-jeu plutôt court des
Montréalais de The Dirty Tricks, enfile les clichés à tombeau ouvert. Mais on ne peut
pas vraiment lui en vouloir. Ce manque d'originalité carabiné, c'est sa marque de
commerce. Or, force est d'admettre qu'à défaut de faire du neuf avec du vieux, les Dirty
Tricks font très bien le vieux dont ils ont l'ambition de ressusciter l'esprit: tout
comme Tricky Woo avant eux, les Tricks se gavent de gros rock de garage en le galvanisant
à la protéine punk. L'influence des Misfits et de Danzig est indéniable, et on détecte
sans contredit un peu de Mötorhead dans le code génétique de la bête. Bref, le terrain
sur lequel elle rôde a non seulement été défriché au préalable mais asphalté de
surcroît.
Heureusement, c'est exactement ce à quoi on s'attend d'elle. Née des cendres de Suck la
marde, groupe qui a défaut d'avoir été influent musicalement a le mérite d'avoir mis
au monde une expression mémorable, la formation joue la carte de la pureté stylistique
et du volume au maximum. Sauve qui peut!, c'est donc ce disque que l'on met sans
arrière-pensée, simplement parce qu'il « fait la job ». Ça frappe fort, parfois assez
lentement pour courtiser le terme « stoner-rock », sans jamais vraiment sortir d'une
ligne de pensée officielle établie depuis longtemps. Jusqu'aux textes primaires, les
Dirty Tricks appliquent avec conviction ce qui n'est essentiellement qu'une recette.
Cette tradition, il faudra certes que le groupe y déroge un jour s'il veut laisser une
marque indélébile sur les esprits. Mais, en attendant, on aime bien les Dirty Tricks
tels qu'ils sont: simples et décapants, sculptés bien carré autour de rythmes en béton
armé. Si certains les comparent aux Saint Catherines, c'est par pure paresse. Dépourvues
du swing country qui fait la saveur particulière du punk que pratique la bande d'Hugo
Mudie, des chansons comme les solides Rêve à ça, Mal de tête et Gasbar
carburent aux riffs hypnotiques pour mieux assommer l'auditeur. Au marteau-piqueur du
punk, Jonathan Beauregard et les siens préfèrent généralement le bon vieux marteau du
rock.
N'empêche que certains élans plus emportés poussent dans l'autre direction. La
puissante Red Wave entame l'album sur une charge électrisante, une basse
vrombissante appuyant le chant à la limite gueulé de Beauregard. Hold Your Horses
enchaîne sur le même rythme soutenu, poussant un peu plus fort la mécanique musicale,
avec en prime un refrain parfaitement accrocheur. Car, sur Sauve qui peut!, on
détecte les traces d'un sens mélodique pop qui s'impose en guise de contrepoids à
l'implacable attitude rock. Mais les choeurs de l'excellente Mal de tête et le
synthétiseur franchement mordant de Blvd ne font pas office de compromis: ils
rehaussent la sauce, désamorçant le piège de la monotonie sans trahir l'esprit de
l'ensemble.
Si les interventions plus endiablés pimentent d'un peu de variété un album oscillant
constamment entre intégrité et redondance, ce sont néanmoins les morceaux lents qui
retiennent l'attention par leur intensité. Plus lourds, ils trahissent une affection pour
le métal qui sied bien au groupe. Sur Gasbar, incontestable moment fort du lot,
Beauregard canalise Glenn Danzig en évacuant du portrait l'aspect théâtral et
parodique: « ain't no time to chill and mess around », entonne-t-il animé par une
résilience qui s'avère rapidement contagieuse. Le groupe n'a pas de temps, non plus, à
dilapider sur de longs solos. L'assaut soutenu de la progression triomphe sur tout, le
guitariste Lucas Rupnik se laissant tout de même aller à quelques semonces de distorsion
au nom de l'excès.
Sauve qui peut! se démarque par l'urgence qui l'anime, par cette intensité qui
propulse chacune de ses neuf chansons. Arrivant à un moment où l'étiquette « gros rock
sale » ouvre bien des portes à Montréal, ce second album des Dirty Tricks pour Blue
Skies Turn Black saura trouver son public. Et, à une époque où tout fac-similé un tant
soit peu branché de la vraie patente arrive à percer, il fait plaisir d'entendre un
groupe du genre livrer la marchandise avec un tant soit peu d'aplomb. Bref, la rengaine
habituelle s'applique: à défaut de réinventer la roue, les Dirty Tricks la font tourner
sur le bon axe. À toute vitesse, sur une autoroute dégagée, par une belle journée
d'été. Yeah, Yeah. Rock & Roll. Et cetera, et cetera... |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 30
Septembre 2007 |
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