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| EXPLOSIONS IN THE SKY |
| The Earth Is Not a Cold
Dead Place |
| Temporary Residence |
| 2003 |
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| 8.5 sur 10 |
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Ahh, les rythmes militaires! Que
ferait le post-rock sans la triomphante intensité de leur démarche implacable? Certains
diront que le genre au titre le plus autosuffisant qui soit repose sur ses murs massifs de
guitares et sur le fameux crescendo qu'ils dessinent. Mais que seraient ces éléments
sans l'appui confiant d'un batteur capable de faire grimper la tension par ses salves de
percussions imitant les coups du canon? En fait, le bon post-rock repose sur une section
rythmique forte, à la limite omniprésente. C'est pour cette raison qu'il existe des
groupes à deux batteurs tels que Do Make Say Think. En spectacle, ce stratagème permet
à l'ossature rythmique de couper au travers des couches de guitares superposées qui se
déchaînent à l'avant. Toutefois, un seul batteur hors-pair peut amplement faire le
travail qu'accomplissent deux percussionnistes moindres. Prenons l'exemple de Christopher
Hrasky qui, à lui seul, pourrait élever par sa phénoménale énergie et sa précision
à tout casser les Explosions In The Sky au rang de royauté post-rock.
Bien entendu, la magie du groupe texan ne se limite pas à la cadence que prend Hrasky
pour frapper les peaux de sa batterie. Mais cet amarre puissant, généralement une marche
militaire déterminée, définit à lui seul l'énergie animant The Earth Is Not A Cold
Dead Place, fort probablement l'un des meilleurs albums post-rock de la présente
génération. Autour de ce squelette à toute épreuve, les guitares cristallines du
quatuor peuvent se déplacer en toute liberté afin de créer ces harmonies divines et ces
mélodies épiques qui ont tôt fait de nous sublimer. La musique que produit Explosions
In The Sky semblerait parfois immatérielle si ce n'était de cet ancrage solide que
procure la batterie. Mais le contraste qu'établit le dialogue entretenu par les guitares
éthérées et ce puissant tonnerre rythmique explore un territoire encore plus
intéressant. Explosions In The Sky développe une synergie à même ses contradictions et
conjure toutes les émotions à la fois.
D'un côté, nous avons bien sûr droit à toutes les peines du monde moderne qu'évoque
inévitablement le post-rock et ses hymnes spacieux de fin des temps. À l'instar de ses
pairs, le groupe américain dévoile ici une série de progressions mélodiques
mélancoliques à souhait ainsi que de lentes envolées célestes habitées par un
sentiment d'impuissance. Nous nous abandonnons à la musique d'Explosions In The Sky comme
nous nous abandonnons aux orchestrations apocalyptiques de Godspeed You! Black Emperor.
Mais si par ses compositions le quatuor affiche les mêmes aspirations symphoniques que la
formation montréalaise, son arsenal beaucoup plus rock en fait un groupe plus classique
et direct.
D'autre part, The Earth Is Not A Cold Dead Place se distancie légèrement de
l'obscurité ambiante caractérisant son prédécesseur Those Who Tell The Truth Shall
Die, Those Who Tell The Truth Shall Live Forever. Déjà, le titre vend la mèche: ce
troisième album de la formation est une oeuvre sur l'espoir là où Truth était
un constat désemparé. La romantique The Only Moment We Were Alone est
studieusement assemblée pour livrer un impact maximum. Son splendide crescendo final de
guitares est appuyé par des salves de batterie intermittentes que l'on sent parfaitement
calculées. Moins chaotique que son prédécesseur, The Earth Is Not A Cold Dead Place
cherche la lumière au bout du tunnel. La délicate beauté de ses guitares limpides
expose à ciel ouvert le raffinement de ses mélodies.
En fin de parcours, nous sommes tout bonnement dévastés par Your Hand In Mine.
Mais cette expérience en est une d'élévation. Nous ne pouvons que nous incliner devant
la majesté, la grâce et la poésie des mouvements composant cette suite organique et
logique qu'est The Earth Is Not A Cold Dead Place. Mais notre âme vient de vivre
une transcendance. Explosions In The Sky renoue avec la noblesse d'un monde oublié et
s'élève contre la laideur du monde moderne avec conviction et simplicité. Son langage
musical pur nous convainc qu'il existe encore une dignité à glaner de l'expérience
humaine. Jean-Luc Godard disait qu'il n'existait pas de plus grand compliment que l'on
puisse adresser à l'égard d'un film que celui-ci: qu'il s'agit tout bonnement du plus
beau des films. Explosions In The Sky fait tout simplement de la belle musique, la plus
belle des musiques. Dans ce monde parfois aliénant, il s'agit du plus grand des
compliments. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 20
Juin 2006 |
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