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| THE FLAMING LIPS |
| At War With the Mystics |
| Warner Bros. |
| 2006 |
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| 8.5 sur 10 |
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Depuis The Soft Bulletin, la
sortie d'un nouveau Flaming Lips est un véritable événement à l'échelle planétaire
que s'évertue à célébrer dans la joie et l'allégresse une foule bigarrée de débris
cosmiques rutilants. Fight Test, la meilleure des mélodies de Yoshimi Battles
The Pink Robots, était en fait un emprunt à peine voilée à Cat Stevens. Pourtant,
l'album de 2002 demeure un résident régulier de plus d'un lecteur de disques. Le charme
des Flaming Lips dépasse le simple degré musical. C'est une fascination persistante que
les écoutes répétées ne fait que nourrir. Certains brûlent pour les Flaming Lips de
manière incandescente alors que d'autres seront éternellement allergiques à leur
bonheur radieux et à leur forme particulière d'optimisme réaliste. Les premiers seront
une fois de plus bouleversés par la pop ambitieuse et éclatée de Wayne Coyne et de ses
camarades astronautes. Les seconds se réfugieront à l'ombre, comme ils l'ont toujours
fait, de peur d'être aveuglés par la lumière. Le soleil a cet effet sur les gens.
Plus que jamais, les Lips signent avec At War With The Mystics un disque d'été
que l'on écoutera avec une joie mille fois décuplée une fois le beau temps arrivé. Les
obsessions existentielles du classique de 1999 The Soft Bulletin, répétées de
manière inspirée mais jamais égalées sur Yoshimi Battles The Pink Robots, sont
une fois de plus au coeur de l'univers des Flaming Lips. Quel autre groupe sur Terre
aurait le courage d'entamer son album sur une question aussi grandiose et grandiloquente
qu'«If you could blow the world with the flick of a switch, would you do it?» En
l'espace de quatre chansons, Wayne Coyne en est déjà rendu à nous rappeler qu'«Only a
fool believes that he is different from the birds in the sky» dans une chanson intitulée
My Cosmic Autumn Rebellion (The Inner Life As Blazing Shields Of Defiance And Optimism
As Celestial Spear Of Action). Ceux qui craignaient que l'univers ne soit plus le seul
enjeu des Flaming Lips peuvent dormir en toute tranquillité.
Musicalement, le paysage n'est par contre plus exactement le même. Avec At War With
The Mystics, les Lips sont en mode rétroviseur et regardent à la fois leur propre
passé et celui des autres. Certains observateurs parleront d'un retour au rock
psychédélique enjoué d'albums des années 90 tels que Transmissions From The
Satellite Heart ou Clouds Taste Metallic, tandis que d'autres verront plus loin
encore et affirmeront qu'At War With The Mystics baigne dans les références à
peine voilées aux années 70. Tous auront bien raison. Mais les Flaming Lips nagent
d'abord et avant tout dans les eaux colorées d'une planète qui leur est propre. Ce
nouvel album sonne d'abord et avant tout comme un disque des Flaming Lips, avec ou sans la
citation directe de One Of These Days de Pink Floyd intitulée Pompeii Am
Götterdämmerung.
Seule une taupe albinos ne verra pas la similitude unissant ces deux lignes de basses
galopantes sur fond de psychédélisme stratosphérique. Mais At War With The Mystics
est une telle explosion de bonheur que l'on oublie bien vite toutes les comparaisons
faciles pour se concentrer sur la seule chose qui compte, cette joie immense qui nous
envahit avec chaque écoute successive de la galette en question. Dès The Yeah Yeah
Yeah Song, l'objectif principal d'At War With The Mystics est révélé. Les
Lips veulent que l'on danse sans aucune grâce. Ils dépoussièrent leur talk-box sans
aucune honte. Tant pis s'ils se méritent par le fait même quelques comparaisons bien
méritées à Peter Frampton. Les Flaming Lips sont aujourd'hui bien au-delà de la notion
de cool ou pas.
C'est cette joyeuse insouciance qui confère à leur musique sa glorieuse puissance. Une
formation moindre déguiserait ses passions profondes sous le voile hypocrite de la
facilité kitsch. Les Lips font ce qu'ils veulent sans se soucier des réactions. C'est
exactement pour cette raison qu'ils arrivent à livrer un pastiche aussi caricatural du
funk synthétique de Prince que Free Radicals sans sombrer dans le ridicule
consommé. Par ailleurs, le coeur d'At War With Mystics bat ailleurs. Nous vibrons
à l'écoute de cette somptueuse tranche de rock cosmique instrumental intitulée The
Wizard Turns On, ou lorsqu'une guitare nappée d'effet soulève la splendide The
Sound Of Failure au stade supérieur de la conscience spatiale collective en un coup
d'éclat digne d'une explosion solaire.
Dès la première écoute, la présence maintes fois soulignée d'une foule de grosses
guitares mises en évidence par une production franche et généreuse frappera de plein
fouet ceux qui se demandaient où elles se cachaient sur les deux derniers albums des
Flaming Lips. Les mémorables petits bijoux pop que sont Mr. Ambulance Driver et The
W.A.N.D. exploitent à fond l'instrument à six cordes sans oublier de nous servir des
portions doubles de ce que l'on adore des Flaming Lips, c'est-à-dire leur propension à
exploiter au maximum de leurs capacités les multiples possibilités du studio
d'enregistrement moderne. Heureusement, ils le font toujours au service de chansons alors
que le contraire leur est parfois reproché.
Bien évidemment, At War With The Mystics ne résoudra en rien le débat au sujet
des Flaming Lips. Les deux camps se confrontant pour savoir si leur musique est
terriblement quétaine ou carrément géniale n'ont pas finit de se battre. Mais entre
temps, Wayne Coyne et son armée du bonheur constant risquent de gagner de nouveaux appuis
de masse auprès du grand public grâce à ce triomphe psychédélique de grande envergure
où son groupe se fait plus accessible que jamais. Encore une fois, on argumenteras à
savoir si les Flaming Lips sont les Beatles, les Beach Boys ou le Pink Floyd de notre
génération. Une question finalement insignifiante, car ce ne sont que les Flaming Lips
de notre époque. Rien de plus, rien de moins. Au fond, c'est bien mieux ainsi. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 11
Avril 2006 |
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