GLISSANDRO 70
Glissandro 70
Constellation
2006
7.5 sur 10
Cette année, même la Constellation célèbre le soleil et affiche des couleurs d'été. L'album éponyme de Glissandro 70 est sans aucun doute le disque que personne ne s'attendait à entendre de la part de la vénérable étiquette montréalaise. Reconnue pour son post-rock apocalyptique, son folk nocturne désemparé et son noise abrasif, la maison d'édition nous propose pour débuter 2006 à grand renfort de renouveau une forte joyeuse galette truffée de rythmes africains et de sonorités optimistes. Plus près des Talkings Head que de Godspeed You! Black Emperor, Glissandro 70 s'est à ce jour mérité des comparaisons à Phish et à !!! de la part de diverses critiques déboussolées. Vous pouvez toujours relire ce premier paragraphe si vous croyez l'avoir halluciné. Le reste du texte poursuit dans la même veine surprenante.

Au fond, cette collaboration entre Craig Dunsmuir (Guitarkestra) et Sando Perri (Polmo Polpo) est une drôle de bête somme toute fort difficile à classifier. Malgré ses connotations hippies et son allégeance au groove, Glissandro 70 n'est certainement pas un jam band au sens conventionnel du terme. À la limite, les comparaisons à des formations telles que No-Neck Blues Band et Wooden Wand & The Vanishing Voice sont compréhensibles. Tout comme ces deux tribus éclatées, le duo torontois dégage une impression de liberté et de spontanéité. Pourtant, Glissandro 70 est à la base un bricolage monté de toutes pièces en studio. Alors que les nouveaux groupes d'improvisation folk expérimentaux misent sur l'impact du premier jet, Perri et Dunsmuir sont au contraire des architectes méticuleux.

En fait, Glissandro 70 emprunte des éléments à la fois aux expériences ethniques des Talking Heads et aux toiles de guitares scintillantes de compositeurs minimalistes comme Steve Reich pour concocter une musique dansante qui se réfère sans contredit aux années 80 tout en évitant les pièges classiques associés au dancepunk de troisième ordre. Ici, l'instrumentation demeure franchement organique malgré la multitude de manipulations sonores auxquelles elle est exposée. Cet album éponyme est une dose express d'un espèce de funk acoustique ensoleillé franchement bien roulé.

Dès la première pièce, la courte Something, le duo révèle ses atouts. Les lignes de guitare simples s'empilent les unes par-dessus les autres afin de créer une dense toile éthérée. D'abord naturelle, l'atmosphère devient carrément surréaliste au fur et à mesure que divers éléments d'origine synthétique s'installent. Un harmonica gonflé au reverb plane quelques secondes dans l'air avant l'arrivée d'une guitare presque menaçante. Analogue Shantytown alimente de multiples pistes vocales fragmentées un groove chargé, un peu paranoïaque, qui n'est pas sans rappeler le travail d'Animal Collective. Le résultat est délicieux.

Cependant, c'est avec Bolan Muppets que l'album atteint de véritables sommets d'inspiration. Encore une fois, le groupe utilise la bonne vieille technique post-rock du crescendo pour culminer sur un bonheur à petite échelle plutôt qu'avec une salve apocalyptique dévastatrice. Le fracas final ne vient jamais. Au contraire, Glissandro 70 laisse la pression retomber doucement sur un chant folk simple et chaleureux. Portugal Rua Rua intègre plus que tout autres pièces les influences de musique du monde latente un peu partout dans l'album mais sans être désagréable n'arrive pas à lever autant que les autres pièces du disque.

Sur End West, on sent que le groupe capitalise sur le côté dansant de la curieuse mixture qu'il nous propose. Citant directement David Byrne, elle mise sur la répétition pour créer un effet hypnotique efficace. Encore une fois, la légèreté triomphe et les couleurs vibrantes de la pochette viennent trouver un écho dans la musique festive que propose Glissandro 70. Si l'objectif de Constellation était d'élargir ses horizons, c'est mission accomplie avec ce premier album des Torontois. Heureusement, la tradition de qualité de la maison ne s'est pas perdue dans le changement de registre. Pour tous ceux qui aiment les mécanismes du post-rock tout en appréciant le soleil, Glissandro 70 est le disque idéal pour la saison estivale.
- Alexandre Fontaine Rousseau, 19 Mai 2006

 

 

Pistes
01 something
02 analogue shantytown
03 bolan muppets
04 portugal rua rua
05 end west