IRON & WINE
The Shepherd's Dog
Sub Pop
2007
8 sur 10
Ma connaissance de la grande histoire du folk américain étant ce qu'elle est (c'est-à-dire assez pauvre), je ne tenterai pas de situer le présent disque sur un continuum particulier. N'étant pas très familier avec les précédentes parutions d'Iron & Wine, entité à formation variable orientée autour de l'auteur-compositeur Sam Beam, je ne divaguerai pas non plus sur l'évolution (apparemment grande, selon les connaisseurs) à l'oeuvre depuis leurs débuts. À bien y penser, je suis plutôt mal placé pour juger de cet éminemment sympathique Shepherd's Dog, et mon seul espoir est de pouvoir communiquer correctement mon sincère enthousiasme à son sujet. C'est parti.

The Shepherd's Dog est un album folk simple, varié, raffiné, chaleureux. Son succès repose sur des compositions délicates, interprétées de manière vivante et enrichies d'arrangements d'une grande profondeur musicale, en constant renouvellement. À cet égard, on remarque d'abord les percussions, employées sur toutes les pièces en guise de fondation atmosphérique, orientant subtilement la teneur des morceaux (dans un registre équestre: trottinant, galopant...). Piano et slide guitar très claire apportent une ampleur enivrante au zig-zag mélodique de White Tooth Man ; ailleurs, banjo, touches de cuivres et trucages électroniques garnissent merveilleusement les contours. Il en ressort un sentiment d'équilibre infiniment agréable qui récompense les écoutes répétées.

Mais au-delà de ces technicalités fort satisfaisantes en soi, ce sont les idées musicales éclectiques et les airs mémorables qui encouragent le retour à The Shepherd's Dog. Lovesong of the Buzzard rappelle les bons moments de Sufjan Stevens ou des New Pornographers avec ses douces harmonies vocales d'inspiration africaine. Beam s'amuse brièvement dans les plates-bandes rock'n'roll sur The Devil Never Sleeps, dans les tonalités blues sur Peace Beneath the City, tandis que Boy With A Coin et House by the Sea dégagent une intensité singulière passant d'abord par l'insistance de leurs rythmes. On note aussi l'invention avec laquelle le groupe s'approprie l'esthétique dub sur la délicieuse pièce-titre. Pas avant Resurrection Fern l'album ne donne l'impression de tourner en rond sur des territoires plus convenus, et encore a-t-il amplement le temps de se rattrapper, avant de se conclure sur une ballade aucunement révolutionnaire, mais néanmoins très belle. Bref, la douceur de Shepherd's Dog, aussi familière et confortable soit-elle, est aussi chargée de bonnes idées, ce qui le rend doublement attachant.

Cimentant ce mélange admirable de tradition et de trouvailles, on trouve l'interprétation inspirée de Sam Beam. Contrairement au Alasdair MacLean du surestimé quatuor britannique The Clientele, le noyau d'Iron & Wine trouve le moyen d'habiter ses airs les plus sereins sans sonner comme s'il se trouvait à deux souffles du sommeil. Plus versatile que le Sufjan déjà mentionné, le chanteur livre aussi une belle poésie remplie d'images organiques. En effet, sans être aussi âpre et virile que celle des vétérans Califone, la musique d'Iron & Wine est néanmoins empreinte d'une qualité tout aussi terrestre et authentique. En somme, The Shepherd's Dog émerge comme l'un des très bons cocktails de rock tranquille de 2007, moins soporifique que le dernier album de The National, plus aventureux que le décevant Stage Names d'Okkervil River, tout en échappant facilement aux étiquettes génériques (comme « folk », par exemple). Approprié aux quatre saisons, c'est un disque qui veut et fait le bien par les moyens les plus légitimes, et je recommande fortement son écoute.
- Louis Filiatrault, 30 Novembre 2007

 

 

Pistes
01 pagan angel and a borrowed car
02 white tooth man
03 lovesong of the buzzard
04 carousel
05 house by the sea
06 innocent bones
07 wolves (song of the shepherd's dog)
08 resurrection fern
09 boy with a coin
10 the devil never sleeps
11 peace beneath the city
12 flightless bird, american mouth