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| KARKWA |
| Le pensionnat des établis |
| C4 |
| 2003 |
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| 7 sur 10 |
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De nombreux musiciens de talent sont
tentés détaler leur virtuosité en se consacrant à des démonstrations techniques
plus ou moins intéressantes pour le commun des mortels, péchant par excès ou évacuant
laspect bassement ludique de la chose. Dautres optent pour un registre plus
accessible et populaire sans sacrifier lidée dune démarche exploratoire et
libre. Cest ce que proposa le groupe Karkwa avec leur premier album, un disque
honnête et prometteur.
Tour à tour dramatique, relâché, colérique et quelque peu humoristique, Le
pensionnat des établis est un mélange de genres intelligent et nuancé, ce genre de
parution tout bonnement réjouissante annonçant larrivée dune nouvelle voix
pertinente à la qualité artistique indéniable. Au côté du formidable Debout
des Chiens, il demeure lun des albums québécois les plus mémorables de lannée
exceptionnelle que fut 2003 dans le domaine de la musique populaire.
Le rock en sept temps de Hold up donne admirablement le ton, révélant la
technique précise du groupe sans négliger un excellent sens de latmosphère et de
la progression. Le chant caractéristique de Louis-Jean Cormier y est au point, ce qui ne
sera pas toujours le cas pour toute la durée du disque. Ceci dit, jamais sa voix douce ne
devient véritablement irritante, ses quelques maladresses et lhumilité de son
interprétation assurant un charme permanent.
Tableau africain devrait en surprendre certains par son approche parfaitement
candide et sans prétention de la musique africaine traditionnelle. Les percussions y
vibrent amoureusement, ponctuant des chants purs et rassembleurs. Végétation
poursuit lappropriation des genres de manière bien plus radicale, mêlant rap-rock,
rock progressif, musique latine et jazz en une même suite fluide et délicieuse, dune
facture un peu brouillonne tout à fait charmante. Encadrée sans coupure par les
planantes Dans lplâtre et Le mutisme des esclaves (ne bénéficiant
aucunement de la présence peu charismatique et de la voix si peu musicale de Yann
Perreau), elle simpose comme la pièce de résistance de lalbum, rigoureuse,
tranchée et passionnément interprétée.
Mélodrame, au refrain teinté de sonorités dub, ainsi que Poisson cru
révèlent un aplomb rock maîtrisé, collectif et franchement efficace, tandis que Lopinion
publique devrait accrocher un sourire aux amateurs de Rage Against The Machine. La
magnifique Changer son projet, pour sa part, témoigne dune forte influence
des ballades de Radiohead, influence sensible sur toute la durée de lalbum,
développée, contournée et ultimement personnalisée.
Il serait évidemment erroné de ne pas considérer certaines faiblesses de lalbum.
Sur Le pensionnat et encore aujourdhui, la poésie de Louis-Jean Cormier est
hésitante, oscillant entre la fiction, la chronique personnelle et la critique, cherchant
sa voix. La désagréable et peu inspirée Je souffle, au texte rédigé par Michel
Gagnon, démontre à quel point les choses peuvent tourner au vinaigre lorsquune
musique est simplement édifiée comme support à un texte lui-même arrogant et sans
direction, faisant perdre toute forme de charme à un vers comme : «Laissez les larmes,
laissez les armes et prenez les mots». Finalement, le morceau La mouche, faisant
écho à la curieuse Pili-pili, présente sur Les tremblements simmobilisent,
vient mettre un frein à la progression de lalbum, allouant un peu trop de liberté
aux élucubrations fantasques du percussionniste Julien Sagot.
Ceci dit, Le pensionnat des établis demeure un album se digérant merveilleusement
bien et gagnant de lintérêt lorsque mis en juxtaposition avec son excellent
successeur, figurant au palmarès de 2005 de Funkimusik. Le groupe y trempe sa patte avec
assurance, commettant certaines erreurs constructives dont il ne retire que du bien. Les
claviers de François Lafontaine y résonnent déjà avec force et inventivité, tout
comme la batterie expressive de Stéphane Bergeron. En définitive, un album
impressionnant, fortement recommandé aux collectionneurs de rock québécois des
dernières années. |
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| - Louis Filiatrault, 13 Novembre
2006 |
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