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| KARKWA |
| Les Tremblements
s'immobilisent |
| Audiogram |
| 2005 |
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| 8 sur 10 |
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Contrairement à ce que le titre
pourrait indiquer, il est indéniable que ce deuxième album de Karkwa crée toute une
commotion. Acclamée par la critique pour le mélange habilement dosé de pop, de funk, de
jazz ou de reggae que fut Le pensionnat des établis, la formation montréalaise
débarque avec un second effort qui surprend. Moins éclectique que son aîné, Les
tremblements s'immobilisent marque par son intensité et sa rare beauté comme étant
ce pas qui restait à faire entre Fred Fortin et les grandes formations de la musique pop.
Karkwa propose un album plus orienté vers les chansons que vers le brio de ses membres,
s'approchant de cette symbiose qui fait les grands groupes et qui manquait à leur premier
effort. Voguant au gré des planantes sonorités britanniques et de textes d'une poésie
qui leur est propre, le groupe de l'heure accomplit un disque comme on en voit peu au
Québec. Majestueux, ambitieux, recherché, Les tremblements s'immobilisent est
sans contredit l'album francophone de l'année.
Dès l'ouverture de l'album avec la puissante La fuite, Karkwa se démarque du
paysage québécois. Proposant une mélodie sombre et poignante, la formation n'a pas peur
d'étonner, fait rarissime au sein de notre frileuse scène musicale à grand
déploiement. Explosive puis introspective, la pièce rappelle les débuts de Radiohead.
L'album se poursuit avec M'empêcher de sortir, tendre et planante, mais jamais
banale. La marche montre le talent des musiciens, qui s'effacent derrière une
pièce à la fois accrocheuse, réservée et complexe. On notera en arrière-plan la lap
steel d'Olivier Langevin (qui d'autre?). L'épaule froide poursuit le fulgurant
premier segment par sa touchante mélodie poussant à l'introspection.
L'intensité de l'album sera toutefois ralentie avec Vertige, tout de même
supérieure à la compétition mais pas au niveau de ses prédécesseures. Pili-pili
est peut-être l'erreur du disque. Pas qu'il s'agisse d'une mauvaise chanson, loin de là.
Mais ses fortes influences de Tom Waits, présentes dans la voix du chanteur Julien Sagot
comme dans le texte noir et menaçant, détonnent complètement du reste de l'album.
Karkwa revient en force avec Le coup d'état, glissant à nouveau dans le rock
mordant qui introduisait l'album avec aplomb. Guitares acérées, piano déchaîné et
refrain accrocheur sont au rendez-vous. Les vapeurs s'ensuivent, pièce d'une
poignante mélancolie, bercée par les violons et par la brillante interprétation du
chanteur. Red Light poursuit en explosive noirceur, marriant la voix de Brigitte
Fontaine à la débauche urbaine décrite par Sagot.
La cadence ralentit avec Vrai et Les froids fonds, pièces introspectives
d'une grande beauté. Assoupi suites aux dernières pièces aériennes, l'auditeur se
réveille brutalement sur l'incisive conclusion qu'est Alaska. Menaçante,
grinçante, Alaska nous ramène à une sombre réalité, fragile et terrifiante,
qui fait frissonner au son des claviers. Comme quoi les tremblements ne s'immobilisent
peut-être pas autant qu'on veut le faire croire.
Karkwa signe d'une main de maître ce qui pourrait devenir un album important. Seul le
temps révélera son impact, mais il contient le potentiel d'inspirer une relève en
manque de modèles, de frontières à égaler dans la pop québécoise, comme Fred Fortin
semble le devenir présentement. Plusieurs chansons sur Les tremblements s'immobilisent
pourraient figurer au sein des dix meilleures chansons francophones des dernières
années, ce qui n'est pas peu dire. Taisons toutefois encore les comparaisons trop
fréquentes à Radiohead. Laissons-les marquer à tout le moins la scène musicale
québécoise, réussir une série de spectacles ou réaliser un nouvel opus aussi marquant
avant d'y aller de pareil éloge. Parlons d'abord d'un Projet Orange réussi. Mais saluons
l'audace de Karkwa, qui nous offre le meilleur album québécois depuis des lunes. |
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| - Jean-François Cadieux, 31
Décembre 2005 |
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