 |
 |
| KIERAN HEBDEN & STEVE REID |
| The Exchange Session Vol.
1 |
| Domino |
| 2006 |
|
| 6 sur 10 |
|
Un patient reste dans la salle durgence.
Il a perdu beaucoup trop de sang et une transfusion est nécessaire à sa survie. Comment
doit-on faire pour bien sélectionner un donneur? Voilà que deux styles de musique
viennent se rencontrer de nouveau pour tenter un collage possible. Le jazz et
l'électronique sont tous deux en cas d'anémie existentielle. Ces styles se cherchent
énormément et il n'était qu'une question de temps avant quune collaboration plus
pensée se concrétise. Par contre, cette nouvelle voie peut entraîner des risques et
aussi des complications. La question de la compatibilité et le risque d'infection sont
deux facteurs très importants. Est-ce que le jazz et l'électronique peuvent cohabiter
sur le même territoire sonore? Est-ce que l'on risque de perdre l'essence même de l'un
des deux styles? Considérablement moins prétentieux que cette analogie, Kieran Hebden et
Steve Reid tentent l'expérience dans l'aventure vivante de The Exchange Session Vol. 1.
Paru quelques mois avant ce nouvel album, Spirit Walk (album propre à Reid) est le
disque phare pour l'échange entre ces deux styles. La combinaison des styles est faite de
manière quasiment impeccable. Sur l'album, le maître de « l'électro organique »,
Kieran Hedben (aussi connu sous le nom plus mystérieux de Four Tet), tente d'intégrer sa
propre strate dans la musique avant-garde jazz de Reid. Le résultat final est fort
intéressant. La beauté et la compatibilité de Spirit Walk se font en donnant une
place plus restreinte à Hedben. La focalisation est faite sur les autres éléments.
Spirit Walk est proprement un album jazz avec certains éléments électroniques. Le
contraire de cette exécution est l'erreur ou la faille de l'album The Exchange Session
Vol. 1.
La question de redondance est la première expérience pour un amateur de Four Tet. Avec
la pièce Morning Prayer, l'artiste electro nous recycle un vieil échantillon de
trompette. Si vous avez entendu les remix de Madvillain, plus précisément Meat
Grinder, la nouvelle cadence de linstrument va probablement vous surprendre. Le
problème ici n'est pas la réutilisation de cet élément, mais bien sa connotation
passée. C'est comme entendre la musique thème de Pulp Fiction dans un deuxième
film nul sur les taxis rapides ou même dans une chanson commerciale d'un groupe hip-hop.
Le bagage de cet élément accrocheur vient empoisonner l'écoute de cette nouvelle
chanson. C'est un défaut, dans un cas pareil, que la connaissance trop élargie de la
musique puisse détruire l'appréciation d'une pièce.
Ensuite, l'album change drastiquement de position et de ton. Les compositions deviennent
plus complexes et plus intenses. Soul Oscillations émet de fort battement de la
batterie pendant qu'Hedben tente de garder une certaine cohérence. La chanson reste
intéressante grâce aux incorporations de Reid au mélange. Mais il devient difficile de
se concentrer sur sa performance. Son collaborateur parasite complètement la bande
sonore. Pour clore l'aventure, Electricity and Drum Will Change Your Mind s'avère
encore plus difficile à appréhender. Reid alterne entre des rythmes africains et du jazz
standard lorsque Hedben pousse le volume au maximum et défie l'auditeur avec cette
distorsion. Bref, l'aventure Reid/Hedben devient un remède puissant contre le sommeil.
Le problème général de cette expérience est bien l'importance qui est donnée à
chaque participant. Mais, sous cette erreur de hiérarchisation se cache une question
d'application et d'exécution. Est-ce que l'électronique tient une vraie position dans
l'approche « live »? L'art du « laptop » est vivant dû au fait qu'une chanson peut
prendre plusieurs semaines à construire. Le raffinement joue un rôle très importance
pour livrer un bon produit final. Peut-être qu'avec le temps, la fusion des deux styles
va prouver son efficacité et livrer un enfant prodige? Peut-être que nous devons
simplement attendre The Exchange Session Vol. 2? |
|
| - Maxime Monast, 13 Mars 2006 |
|
 |