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| LIGHTNING BOLT |
| Wonderful Rainbow |
| Load |
| 2003 |
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| 8 sur 10 |
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Prenez tous vos préjugés sur le
rock; placez-les dans un malaxeur. Assaisonnez généreusement de sauce Tabasco.
Félicitations. Vous voilà maintenant en possession d'une représentation conceptuelle
approximative de la musique de Lightning Bolt! Toutefois, seule la pratique permet
d'apprécier réellement la force d'impact de cette tonitruante mixture; vous devrez vous
procurer l'une des galettes de la formation de Providence pour comprendre ce qu'elle
représente réellement. Encore une fois, le problème est de taille: par où doit
commencer le néophyte cherchant à s'initier à cet univers primitif où le rock est
réduit à l'état d'impulsion violente en direction du cortex cérébral? Si le
convaincant Hypermagic Mountain de 2005 propose quelques crochets mélodiques
presque «pop» à l'oreille incertaine, c'est vers le sauvage Wonderful Rainbow
de 2003 que devraient se tourner ceux qui veulent découvrir le dynamique duo à son
meilleur. C'est ici que cet abus systématique de l'appareil auditif qu'implique l'écoute
d'un disque de Lightning Bolt sera le plus généreusement récompensé; dans le cas de
Lightning Bolt, la satisfaction sous-entend quelques «oh yeah!» hurlés à tue-tête de
même qu'une bonne portion de air bass-guitar simiesque...
Bien entendu, la pratique de l'«air bass-guitar» s'avère ici assez ardue;
l'écoute d'un disque de Lightning Bolt est un véritable casse-tête, dans tous les sens
imaginables du terme, et le premier morceau difforme refusant de prendre place au sein
d'un ensemble raisonné s'avère ce «son» de «basse» iconoclaste que produit Brian
Gibson. Nombreux sont les mélomanes qui refusent encore obstinément d'accepter le fait
que ce rugissement cacophonique est le fruit d'une créature à quatre cordes; cet
horripilant mur de distorsion, un bombardement sonore sans merci, est traditionnellement
associé à la torture d'une guitare. Mais aucune règle ne survit dans l'arène de sang
et de sueur où explosent Gibson et l'homme des cavernes Brian Chippendale, batteur de
peau préhistorique prenant un plaisir sans équivoque à frapper frénétiquement dans
toutes les directions à la fois. Même l'étiquette tendancieuse de noise ne convient pas
à cette bouillabaisse. Lightning Bolt évacue du rock à l'état pur toute considération
intellectuelle, transformant cette musique en un violent rituel tribal qui sent bon la
décadence.
On sent à l'oeuvre une sorte de virtuosité approximative et défigurée, la performance
technique devenant ici une sorte de test d'endurance physique par lequel le musicien
prouve sa valeur en survivant à sa musique; les défaillances et les erreurs de parcours
sont notables, mais leur présence ajoute au caractère palpable de l'expérience.
Lightning Bolt propose un art de performance très matériel - parfaitement américain de
par sa mentalité proche de Jackson Pollock ou de Stan Brakhage - où l'artiste-guerrier
cherche à laisser sa marque sur sa matière première. Ainsi, Wonderful Rainbow
est le document direct d'un féroce combat entre l'homme et l'instrument de musique. Une
caricature poussive de rock telle que l'incroyable Dracula Mountain ne prend tout
son sens qu'en tant que célébration païenne d'un excès purement organique et pourtant
hautement électrique; pourquoi, dans ce cas, sentons-nous le besoin de discourir sur le
sujet?
Parce qu'à une époque où la musique cherche à se définir par son caractère parfait -
minimalisme sériel, musique électronique épurée, rock commercial formaté jusqu'au
moindre détail - cette musique de la prestance pure propose une opposition grotesque et
animale à la minutie propre et ordonnée. 2 Towers s'étire sur plus de sept
minutes de chaos alors qu'Assassins propose un carnage compact dont la force de
frappe demeure estomaquante. Ces fils illégitimes de Fred Frith et de Tatsuya Yoshida
n'affichent peut-être pas la même assurance technique que leurs maîtres à penser, mais
s'imposent en tant qu'héritiers punk à leur trône. Ainsi, Wonderful Rainbow
s'impose comme un coup d'éclat contre les conventions impersonnelles; le rock redevient
une manifestation humaine viscérale, imparfaite mais parfaitement vraie, de toute cette
énergie intense nous habitant qu'il semble parfois impossible de canaliser au quotidien.
Fractures cervicales garanties! |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 30
Janvier 2007 |
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