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| METALLICA |
| Ride the Lightning |
| Elektra |
| 1984 |
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| 9.5 sur 10 |
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Inspirés du New Wave of British
Heavy Metal, et plus particulièrement du groupe Diamond Head, Metallica a carrément
écrit la Genèse du Thrash, avec son premier album Kill em All, en
1983. Cette fusion de métal hautement mélodique et de punk était une véritable
révolution à lépoque, et le groupe a écrit le reste de la bible avec ses autres
albums des années 80. Le deuxième tome de leur saga métallique, Ride the Lightning
paru un an à peine après son premier ouvrage fut par contre le témoignage
dune grande évolution au sein du groupe, tant sur le plan musical que
compositionnel, et même au niveau des paroles. La variété et lexpérimentation
dont Hetfield, Burton, Hammett et Ulrich ont fait preuve sur cet opus ont marqué à
jamais lunivers du métal et, en rétrospective, ils en ont acquit le statut de
dieux vivants.
Sur Ride the Lightning, les références immatures aux clichés du heavy metal
ont fait place à des textes beaucoup plus conscients, réfléchis, ressentis, et même
politisés par bouts. On sent que, malgré sa colère et son angoisse, James Hetfield a
pas mal plus de maturité que sur Kill em All, ce qui résulte en des paroles
et des réflexions souvent alarmistes et nihilistes sur la société, la guerre et les
bas-fonds de la psychologie humaine. Par le fait même, sa voix et sa plume de compositeur
sassument de plus en plus, et on distingue ici quil prend vraiment les rênes
de la formation, alors quinitialement il ne se voulait que guitariste rythmique et
manquait de confiance en ses habiletés de « frontman ». Les mélodies, les harmonies et
les structures des pièces en bénéficient largement, car ce dernier, Lars Ulrich, et
Cliff Burton ont entamés une expérimentation fort intéressante sur chacune des pièces,
qui se démarquent en tant quuvres individuelles.
En fait, toutes les pièces explorent de nouveaux territoires. Metallica fait ses premiers
pas vers des mélodies néo-classiques, juxtaposées à des blastbeats
déchaînées sur lapocalyptique Fight Fire with Fire. La pièce titre
comprend la narration dun condamné à mort quelques instants avant son exécution
qui atteint son zénith avec un des meilleurs et dailleurs interminable
solos en carrière de Kirk Hammett, le tout étant complémenté de plusieurs
variations de tempo (lent pour les moments narratifs, rapide pour les passages
instrumentaux). Laspect narratif se poursuit avec For Whom the Bell Tolls,
inspiré de luvre d'Ernest Hemingway, se voulant une critique de la guerre en
exposant lexpérience de soldats sur le champs de batailles, qui introduit un jeu de
plusieurs thèmes musicaux ou leads en alternance avec des grooves
puissants, faisant ainsi progresser la pièce sans jamais se transformer en solo.
Conséquemment, ce dernier est différent de tous les autres composés par Hammett, car il
est essentiellement atonal et placé en fin de chanson à titre délément
atmosphérique. Lopposé total est réalisé deux morceaux plus loin sur Trapped
Under Ice, une furieuse attaque de thrash ponctuée de brefs solos
complètement craqués dans la veine de Slayer, qui expose lâme torturée dun
pauvre mec qui se sent suffoqué par son existence et son entourage (inspiré par les
écrits de Dalton Trumbo). Lexpérience est on ne peut plus immersive.
Mais entre son classique entamé au son du glas et le bulldozer qui tente de se libérer dune
prison glaciale, Hetfield et ses joyeux lurons se sont penchés sur la question du
suicide, dans une ballade résolument lyrique, voire tragique, Fade to Black, qui
contient une mélodie acoustique des plus magnifiques, contrastée dun refrain
instrumental aux airs abattus, et qui escalade en un solo déchirant pour sa grande
finale. Il est ainsi dommage que de nombreux métalleux bornés laie vu comme une
tentative de "selling-out", car il s'agit incontestablement dune des plus
belles pièces composées par le groupe. Pour retourner dans lordre initial des
pièces, Escape ralentit la cadence et travaille plus avec des grooves conçis.
Metallica y flirte même avec le arena-rock typiquement « années 80 », sous la forme
d'un refrain inhabituellement joyeux (reprit et alterné en fin de pièce) qui se fraie un
chemin dans une montagne de vitriol écrasante.
Vient ensuite LA toune en concert du quatuor : nul autre que Creeping Death, un
monstre détruisant tout sur son passage, inspiré du mythe de Moïse qui affrontait
Ramsès pour mettre fin à lesclavage du peuple Hébreux aux mains des Égyptiens. Lélément
mythologique des textes reflète à merveille linfluence des premiers groupes de heavy
metal, qui se perdaient dans des contes épiques et fantastiques, mais elle nest
en rien ridicule (après tout, ils ne chantent pas lhistoire de la Terre du Milieu
en falsetto) grâce au statut mythique quelle a acquit dans le répertoire du
groupe, qui est dû à ses riffs gargantuesques, son solo purement luciférien (du point
de vue des égyptiens qui allaient mourir dans la section qui le suit), et bien sûr au
pont, où tous crient en chur « DIE!! BY MY HAND!!!! », pour se terminer dans une
apogée des plus épiques et harmonisées. Metallica vient par la suite couronner ce
chef-duvre dalbum avec une réinvention singulière de son style, cette
fois influencée par Ennio Morricone et H.P. Lovecraft, une ode instrumentale à son
démon favori, The Call of Ktulu, de loin le plus homérique et sublime titre de
son répertoire. La pièce est comme un court métrage, une promenade dans lunivers
tordu dune créature démoniaque. Elle commence en montée graduelle, de lintro
acoustique et mystérieuse au thème principal, suivit du bridge et du solo à tout casser
de Hammett, pour reprendre avec encore plus de ferveur (en double temps) ledit thème,
alterner avec une variance du bridge pour ensuite emmener la pièce à son zénith, et
enfin rappeler lintro avant l'ultime finale. Cest une structure parfaite et
elle créé une atmosphère incroyable. Par-dessus tout, les solos de basse de Cliff
Burton qui parcourent la pièce en entier sont tout simplement à couper le souffle.
Avec Ride the Lightning, Metallica a prouvé quil nétait pas
simplement un band de jeunes boutonneux enragés, mais bien que c'était une entité de
musiciens et compositeurs accomplis qui deviendraient sous peu les maîtres incontestés
du métal, toute catégorie confondue. Son deuxième opus marqua le développement de son
style épique et progressif, tout en le contrastant avec des chansons aux grooves
concis et efficaces, et des assauts de thrash plus viscéraux que jamais. Son
ambition indéniable l'a emmené à développer un usage fréquent de leads harmoniques
méticuleusement façonnés et intégrés à la perfection aux riffs complexes, ce qui a
ajouté plus de relief à ses compositions progressives, et créés bon nombre
d'imitateurs... Ainsi le dieu Metallica a démontré quil pouvait avoir plus de
subtilité et de nuance de bien des groupes de métal, tant ses soniorités que dans son
discours, et ce jusqu'à ce jour (avec leur répertoire de 1984 à 1989, bien sûr). |
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| - David De Garie-Lamanque, 30
Janvier 2006 |
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