MF DOOM
Operation Doomsday
Fondle Em
1999
6.5 sur 10
L'univers de Daniel Dumile gravite autour de plusieurs éléments homogènes. Le monde qu'il préfère visiter est celui qui existe sur papier. À la fois par ses paroles et ses héros de bande dessinée, Dumile prend une autre personnalité pour combiner son style et sa passion. Le monde reçoit la première livraison, Operation: Doomsday, de ce MF Doom. La nouvelle incarnation semble vouloir évoluer dans son monde fictif et veut faire un parallèle avec le réel. Comme nous le savons déjà, la carrière du MC va évoluer pour le meilleur. En rétrospectif, ce premier album détient les bases du personnage et les erreurs qui lui permettront de poursuivre en grand. Ce qui rend MF Doom l'un des meilleurs en ce moment se voit déjà sur ce premier essai. Par contre, beaucoup d'éléments prendront du recul pour laisser place à son style absurde et à ses beats plus déconstruits. Toute bonne chose a toujours un début moins glorieux.

La première surprise que nous réserve Operation: Doomsday est le style vocal de Dumile. Même si nous nous sommes habitué sa voix profonde et usée, c'est tout le contraire sur cet album. MF Doom est doué d'une voix plus jeune et douce pour propulser ses paroles. Moins immergé dans son monde fictionnel, le rapper s'étend sur des sujets plus sérieux et beaucoup plus concrets que des pièces plus contemporaines comme One Beer sur la suite logique Mm…Food?. Par contre, la pièce Hey! est peut-être la plus indicative, en terme musical et de paroles, de l'évoluer du rapper. Il reste que les mêmes influences semblent trotter dans l'esprit de Dumile. La même obsession sur le personnage de Doctor Doom et la rivalité avec les Fantastic Four fait son apparition sur forme de « skit ». L'évolution du personnage semble être le parallèle parfait pour le MC. On sait que Dumile poussera l'évolution jusqu'à un autre personnage du même type, Victor Vaughn. Par contre, on sent qu'il est plus confortable dans son univers de MF Doom.

Ce qui rend cet album plus particulier est le choix musical et les arrangements. La vague prédominante sur l'album se voit comme une trame sonore d'un film de « blaxploitation ». Même si ceci réserve des bons moments, une pièce comme The Mic détient un beat qui semble sortir du film The Bodyguard avec Kevin Costner et Whitney Houston. En oscillant entre le funk et le néo-soul, MF Doom souffre de sa cadence encore imparfaite manquant visiblement d'intensité. Operation: Doomsday semble prendre un peu plus son temps et offre en rétrospective moins de moments frappants que les albums qui suivront. Le rapper semble être beaucoup plus restreint dans son exécution. Une pièce comme Rhymes Like Dimes offre une bonne cadence, mais perd son implication lorsque le refrain se met de la partie. On perd le fil de l'histoire sur ce funk mené par des vieux claviers. Même que son coda réserve une perte de temps avec son « What are you supposed to say at the end of the record? Yeaaaah!... » par le rapper Cucumber Slice.

Operation: Doomsday n'est pas un album parfait et pour certaines raisons, il restera un classique underground par son avènement calculé. Conçus de façon inconsciente, les albums de MF Doom sont toujours d'importantes étapes dans l'évolution de son personnage et de ses arrangements. Ses différentes incarnations lui permettent d'expérimenter avec ce monde fictionnel sous plusieurs angles. Même si cet album semble le plus faible, l'histoire prouvera que Dumile ne s'arrêtera aucunement à ce simple disque.
- Maxime Monast, 12 Juin 2006

 

 

Pistes
01 the time we faced doom
02 doomsday
03 rhymes likes dimes
04 the finest
05 back in the days
06 go with the flow
07 tick, tick...
08 red and gold
09 the hands of doom
10 who you think i am?
11 doom, are you awake?
12 hey!
13 operation: greenbacks
14 the mic
15 the mystery of doom
16 dead bent
17 cas drawls
18 ?
19 hero v.s. villain (epilogue)