PAWA UP FIRST
Introducing New Details
Dare to Care
2006
7.5 sur 10
Règle générale, le post-rock n'est pas le plus ensoleillé des genres musicaux. Quelques rayons d'espoir percent parfois le ciel gris qu'il évoque mais, dans l'ensemble, on y mise principalement sur des atmosphères glauques voire apocalyptiques: la déchéance de l'urbanisme que dépeint le premier Set Fire to Flames, la décadence industrielle de Godspeed You! Black Emperor, les plaines désolées du Dirty Three de Whatever You Love You Are, la solitude hivernale de Sigur Ros... Peu importe la raison qui nous pousse à écouter du post-rock, l'optimisme débonnaire ne figure nul part sur la liste des options; le virage vers le métal qu'annoncent pour leur part des groupes tels que Red Sparowes ou Pelican n'augure en rien une ère de guillerettes pâquerettes.

L'an passé, The Scenario du groupe montréalais Pawa Up First a toutefois su provoquer une petite commotion parmi les fidèles.. Non seulement l'étiquette Dare to Care y élargissait-elle ses horizons mais, pour une fois dans l'histoire de Montréal, un groupe post-rock ne sortait pas tout droit du Mile End. Qui plus est, la formation en question faisait quant à elle preuve d'une vivacité tonifiante. Les influences dub et reggae qui émanaient de quelques-unes de ses compositions les plus convaincantes, Honor notamment, faisaient table rase d'un certain misérabilisme lyrique au profit - oh sacrilège! - d'un entrain réservée. Avec son deuxième album, le groupe réitère. Sur Introducing New Details, Pawa Up First s'installe à mi-chemin entre The Herbaliser et Tortoise. Ce qui, en gros, signifie qu'on y trouve pratiquement de tout.

Ainsi, la formation courtise à la fois le public habitué au genre d'élans instrumentaux pratiqués sur Broadcast, dont l'envolée dramatique s'inscrit de manière moins martiale dans une logique similaire à celle de formations telles qu'Explosions In The Sky, et les amateurs de hip hop qui noteront l'influence du son G-Funk sur la ligne d'Odyssey bien gommante de l'entraînante Big Freeze. Introducing New Details est de cette race de disques très variés qui frôlent à plusieurs reprises l'implosion. Lorsque la médiocre J'garde ça réal, collaboration avec Séba, s'effondre au gré d'un refrain mou et pétri de clichés, c'est au détriment du flot de tout un album regorgeant pourtant d'excellents morceaux. Dans ce contexte, le flot maladroit du poulain de Ghislain Poirier se borne à prouver que le combat du rap en joual reste à gagner; tout juste bonne à combler la carence de hip hop francophone sur les ondes de CISM, J'garde ça réal s'installe en plein coeur de l'album comme un cheveu sur la soupe.

Ailleurs, le groupe confirme ses forces et consolide le caractère unique d'un rock hybride fascinant, où les constructions dramatiques du post-rock croisent le fer avec une mélancolie toute floydienne. Sur l'excellente Ambivalence, la guitare lapsteel de Sébastien Blais-Montpetit nous plonge en plein western spaghetti par ses intonations à la Morricone alors que la section rythmique s'amuse en territoire reggae. Detour, l'uns des meilleurs moments de l'album, glisse du trip-hop pensif au tropicalia langoureux - courtoisie des percussions de Julien Sagot, emprunté à Karkwa - sous les ordres d'un piano simple mais efficace. Lorsqu'à la marque des trois minutes trente-trois la pièce rejaillit d'une pause bien méritée avec une fougue décuplée, notre enthousiasme dégénère en convulsions vertébrales satisfaites: Pawa Up First a compris le noble art de l'intensité bien dosée, du crescendo cruellement efficace.

Pour sa part, Cycles se démarque par sa construction dynamique à souhait qui révèle les bases rock d'un groupe n'hésitant pas à garder les choses bien carrées lorsqu'il le faut. En fait, Pawa Up First brille dans les moments où ses membres s'en tiennent à un certain classicisme appliqué: des solos de guitares bouillonnants rappelant par bribes David Gilmour, des métissages musicaux évocateurs de trames sonores des années 70. Avec son mélange de piano lourd et de percussions sombres, ses échantillons vocaux flous et sa texture d'ensemble chargée, la plus contemporaine Hippocampus Theory s'étire pour finalement admettre qu'elle n'avait rien à dire. Agréables mais faciles à oublier, les moments plus «expérimentaux» d'Introducing New Details sont rapidement éclipsés par l'artillerie lourde d'un post-rock bien huilé, axé sur des compositions juste assez ambitieuses pour se démarquer mais assez simples pour fonctionner.

Dans cette optique, la bande de Serge Nakauchi Pelletier vient de concocter l'uns des albums post-rock les plus accessibles de l'année 2006. Sans contredit, les meilleures pièces du lot - Inuit Wedding, Detour, Cycles et Ambivalence - ont la substance nécessaire pour survivre à de nombreuses écoutes. Malheureusement, Introducing New Details s'éparpille trop en voulant jouer la carte du melting pot éclectique: Mixed Blessings est une bonne chanson hip hop, mais elle devient un peu absurde lorsqu'elle s'installe entre Ambivalence et la labyrinthique The Still Point. Bête à deux têtes, Pawa Up First devra faire certains choix pour accoucher d'un album pleinement satisfaisant. En attendant, le talent demeure absolument indéniable.
- Alexandre Fontaine Rousseau, 1er Décembre 2006

 

 

Pistes
01 inuit wedding
02 broadcast
03 detour
04 big freeze
05 goodbye pluto
06 cycles
07 j'garde ça réal
08 the hippocampus theory
09 ambivalence
10 mixed blessings
11 the still point
12 bridges