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| BENOÎT PIOULARD |
| Précis |
| Kranky |
| 2006 |
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| 7 sur 10 |
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Délicat et attentif. Peut-être que
mon côté poétique est trop prononcé, mais lorsque que jécoute lalbum Précis,
je tombe sous le charme de ces deux qualités. Voici le premier album à proprement parler
de Benoit Pioulard, jeune artiste de 21 ans qui semble avoir misé juste dès le coup
d'envoi. Toutes les qualités dun disque mature et bien calculé sont de la partie.
Après plusieurs écoutes, on se demande bien si ce nom de pique (jeu de mot discutable)
est aussi faux que lâge de lartiste. En construisant des paysages sonores
complexes, remplies de balayement et de bruits inclassables, Pioulard nous offre à partir
d'une base traditionnelle (guitare, batterie, basse
) des pièces grandioses. Nous
avons droit à un disque qui nous ensorcelle à plusieurs reprises. Entre des pièces plus
expérimentales et plus accessibles, Précis se transforme en courant uni et
affiche une grande fluidité dans son enchaînement.
Pour une raison mystérieuse, on sent un décalage dans les pièces que Pioulard nous
offre. On aurait peut-être pu faire ces chansons il y a environ vingt ans. Cela ne veut
pas dire quil copie ou quil recycle un genre, mais plutôt que le ton
général de lalbum est daté. Avec sa finition analogique et son traitement sonore
parasité de bruitage, ce Précis semble avoir été trouvé dans un grenier. Si
vous me permettez ce détour, on peut facilement y voir une extension de
lexpérience de Bill Morrison au cinéma avec le film Decassia. Cette
pellicule en décomposition qui est allongée à létalonnage nous donne des images
hors du commun aux couleurs sublimes. Pioulard procède de la même manière en renouant
avec une atmosphère du passé par l'entremise d'une approche qui ne pouvait sortir que du
21ème siècle. Hirondelle serait un exemple approprié pour comprendre la méthode
décriture de Pioulard. On expose des chansons simples ou traditionnelles à une
métamorphose esthétique pour arriver à ce son exceptionnel.
Par contre, Pioulard délaisse ce côté plus expérimental pour des moments qui semblent
dérivés de la pop. Des pièces comme Trigerring Back ou Palimend se
concentrent beaucoup plus sur les mélodies que sur la couche atmosphérique que lon
entend en arrière-plan. La seule chose qui semble respirer de ce décalage est la voix de
Pioulard, un écho qui traverse le vent. Il manque certaines sonorités pour bien
comprendre la signification de ses mots. La voix peut être vue comme un autre élément
de ce parasitage sonore. Se mariant très bien au reste, la voix devient un élément
assez secondaire lorsquon écoute Précis. Sans enlever aux instruments leur
grande importance, elle crée latmosphère et donne le ton à la plupart des
pièces. Même une chanson comme Ash In The Sky, qui tend plus vers le
traditionnel, proprose une mélodie qui brouille les paroles et complique leur
interprétation. Dans lensemble, ces éléments semblent rendre lalbum
beaucoup plus complexe et significatif.
Précis est le titre parfait pour ce que Benoît Pioulard a tenté dinventer
ou de façonner. À son image, le disque propage un style singulier qui semble vouloir
varier avec chaque écoute. À certains moments, ce sont les mélodies qui priment;
ailleurs on n'entend plus que la tapisserie expérimentale. À la fois une expérience
fascinante et enrichissante, ce disque s'avère dune délicatesse mémorable. |
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| - Maxime Monast, 30 Janvier 2007 |
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