ÉMILIE PROULX
Dans une ville endormie EP
La Confiserie / GSI
2007
7.5 sur 10
Bien qu’il s’agisse des premiers pas musicaux de la mélancolique chanteuse folk Émilie Proulx, les attentes étaient élevées pour ce EP, comme en témoigne le succès commercial inespéré dont il profite. Car il faut dire que les choses se bousculent : il y a quelques mois à peine, Émilie Proulx faisait connaître ses compositions au public de Myspace; aujourd’hui, elle est la première artiste à signer avec l’étiquette la Confiserie, dirigée par Navet Confit, tout en se taillant une place dans la 11e édition des Francouvertes. Avec cette introduction de cinq titres, la jeune femme livre au monde une fort jolie carte de visite qui fera certainement tourner les têtes.

Les premières notes de Des horreurs au hasard dévoilent rapidement le folk contemplatif aux teintes de noir d’Émilie Proulx, voguant sur les mêmes mers que Joseph Arthur, mais dont l’ambiance lente et éthérée rappelle vaguement le post-rock. Guidée par une sombre guitare acoustique, la chanteuse dépose des voix songeuses et endolories qui révèlent son inquiétude dans l’air du temps. Les guitares s’en mêlent aussi, venant discrètement harmoniser la charpente acoustique tout au long des pièces. Si en spectacle elle s’entoure d’un groupe, sur disque, elle s’occupe de tout sauf de la volatile batterie, gracieuseté d'Antoine Marquis. L’hypnose est instantanée; les songes s’éveillent. Le mini-album poursuit dans cette lancée avec Que passent les heures et son mal de vivre avec la monotonie. Le calme du temps qui passe s’élève passivement contre la futilité du quotidien et la peur d’avancer sans filet, thèmes centraux de Dans une ville endormie qui se retrouveront aussi au cœur de Les masques tombent. Si l’EP se conclut sur La peur me montre où aller, il faut en conclure qu’elle se révèle ici un guide fiable.

Les cinq chansons de Dans une ville endormie viennent donc situer Émilie Proulx sur une scène québécoise où il y a certainement une place pour elle. Ses habiles compositions, ses textes travaillés et l’atmosphère envoûtant qu’elle arrive à créer sont tant d’atouts qui en font une artiste prometteuse. Elle devra toutefois diversifier son jeu lorsque viendra le temps de présenter un album. Car si la répétition n’endort pas trop dans un format si court, il y a fort à parier qu’un album entier dans la même veine finirait par en lasser plusieurs. N’empêche que comme premier effort, Émilie Proulx défonce complètement la note de passage. Certainement les cinq dollars les mieux investis en cette narquoise fin d’hiver.
- Jean-François Cadieux, 20 Mars 2007

 

 

Pistes
01 des horreurs au hasard
02 que passent les heures
03 le calme du temps qui s'arrête
04 les masques tombent
05 la peur me montre vers où aller