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| QUEENS OF THE STONE AGE |
| Lullabies to Paralyze |
| Interscope |
| 2005 |
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| 8 sur 10 |
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Il y a de ces oeuvres qui ne
fonctionnent tout simplement pas comme on laurait cru sans jamais vraiment quon
sache pourquoi. Quelle ne fut pas ma surprise, arpentant les allées plutôt désertiques
dun revendeur de disques, de tomber sur un exemplaire de Lullabies to Paralyze
deux semaines après sa sortie. Suivant mon cur, je lachetai immédiatement,
espérant que le rejet dont il fut victime était le résultat non pas de sa propre
médiocrité mais de la frustration dun héroïnomane vétéran en manque de Kyuss.
Un choix qui savéra judicieux.
Une première écoute révèle rapidement les failles de lalbum qui lauront
sans doute mené vers le poussiéreux cimetière du disque doù je lai
secouru. Lalbum nest pas le successeur à Songs for the Deaf que les
amateurs devaient attendre. Il ne représente pas non plus un retour vers les années plus
pesantes de Joshua Homme avec les défunts Kyuss. En Lullabies to Paralyze, on a
en main un album ne contenant pas de simple évident et accrocheur comme on en retrouvait
sur Songs for the Deaf (quoi que
). Ce qui causera inévitablement laliénation
de certains fans vendus à No One Knows et à Go With the Flow et
uniquement à celles-ci. Les vieux de la vieille ne seront certainement guère plus
euphoriques par cet album qui nest toujours pas le retour au stoner rock colossal et
primitif des premières heures de la formation. Lalbum se situe en fin de compte
entre les deux, mais sans jamais reculer. Plusieurs se seront également inquiétés de la
mise à pied de Nick Olivieri, qui avait défoncé la basse et fait sauter des micros avec
Homme depuis les jours lointains de Kyuss et qui demeurait le seul autre membre durable de
cette ribambelle de changements de personnel que sont les Queens of the Stone Age.
Effectivement, lélément métal corrosif quamenait Olivieri au groupe nest
plus. La basse demeure bien présente et solide mais le jeu musclé dOlivieri et sa
voix enragée, responsables des chansons les plus lourdes du groupe comme You Think I
Aint Worth a Dollar But I Feel Like a Millionaire, louverture décapante
de Songs for the Deaf, sont disparus. Toutefois, le départ dOlivieri est
parfaitement compensé par un Joshua Homme en très grande forme qui, loin de refiler la
place de son ex-collaborateur à dautres, prends tout simplement plus de
responsabilité sur ce disque.
Cest sur ce disque quHomme graduera finalement au titre de véritable premier
chanteur du groupe. Alors quautrefois on la vu partager la tâche avec
Olivieri et lex-Screaming Tree Mark Lanegan, Homme prend véritablement la place de
frontman sur ce disque. En fait, la seule présence vocale vraiment importante de Lanegan
sur ce disque est sur la chanson dintroduction. On le retrouve en accompagnement sur
deux autres chansons mais son rôle ny est que très complémentaire. On remarque
aussi immédiatement la voix dHomme qui a acquise une maturité et un sens de la
mélodie dépassant ses efforts précédents. Le résultat est un album beaucoup plus
cohésif que ce à quoi Queens of the Stone Age nous ont habitué, et cest cette
cohésion nouvelle qui assure un album beaucoup plus égal en qualité que ses
prédécesseurs.
This Lullabie amorce lalbum tout en douceur, ode à lamour disparu
aux allures de Tom Waits. Comme pour rassurer les fans, lalbum prend son envol sur
quelques mesures de basse bien sentie annonçant le rock à venir avec la pièce
Medication. La slide guitar introduit Everybody Knows That Youre Insane, un
rock puissant comme peu de groupes peuvent se vanter de jouer par les temps qui courent. Cest
plus tard que le doute viendra simmiscer dans lesprit de lauditeur. La
chanson Tangled Up In Plaid en donne un indice mais cest véritablement
Burn the Witch qui vient révéler le tronc commun de ces berceuses sinistres. On y
retrouve un riff de rock classique aux accents blues mais bien ancré dans le son
caractéristique de la formation (notons la présence de la guitare et de la barbe de
Billy F. Gibbons, membre de ZZ Top). Toutefois, la voix dHomme sur le
cauchemardesque refrain transporte dans un univers fantastique aux lueurs glauques et aux
sonorités inquiétantes. Lauditeur confus se voit ensuite plongé dans In My
Head, excellente chanson portée par une guitare rock toute simple mais contenant
juste assez de surprise pour nous rappeler ces ruelles sombres quon tente déviter.
Une des pièces les plus facilement accrocheuses de lalbum, In My Head est
mon coup de cur. Le disque se poursuit avec Little Sister, le premier
simple intéressant mais toutefois peu représentatif de lalbum et possiblement
responsable de ses résultats décevants sur les palmarès. Le début dI Never
Came vient encore semer le doute : Queens of the Stone Age seraient-ils capables de
musique sereine? Le refrain viendra cependant confirmer que non; ce nétait quun
départ boiteux pour une pièce quon oubliera sur le champs. Mais ce faux pas aura
pour qualité de laisser lauditeur souffler avant de sattaquer à Someones
In the Wolf, pièce totalement schizophrène qui amène le concept de bad trip dans
le stoner rock. Et cest sur cette tangente aliénée que se poursuit définitivement
lalbum. The Blood Is Love (titre rassurant sil en est un) est assez
sombre et visqueuse pour faire paraître Alice In Chains enthousiaste. Broken
Box, chanson plus classique à la Little Sister, vient aider lauditeur
à émerger de ce marais bourbeux afin de préparer à You Got A Killer Scene There,
Man
, pièce dangereusement sexy (dune façon louche, il va sans dire).
Les amateurs dOù est Charlie pourront samuser à tenter de retrouver la
participation inutile de Brody Dalle et Shirley Manson dans le mix final. Lalbum se
conclut comme il se doit sur Long Slow Goodbye. On sort de lalbum avec
musique de fond, comme si on sortait dun endroit tangible, du Hammerstein Ballroom
par exemple, après une soirée mémorable aux souvenirs cependants étrangement flous
Avec le recul, on se rend compte quen fin de compte, Lullabies to Paralyze
nest effectivement pas lalbum quon attendait : il dépasse les attentes.
Le groupe persiste et signe avec son rock mordant et sombre mais reprend laspect
plus recherché de certaines pièces de Rated R. Cest donc un disque
déstabilisant dabord qui demande un certain effort mais qui viendra par la suite
hanter lâme et par le même fait, le lecteur de disque. |
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| - Jean-François Cadieux, 19
Juillet 2005 |
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