OMAR A. RODRIGUEZ-LOPEZ
Omar A. Rodriguez-Lopez
Konkurrent
2006
7.5 sur 10
Omar Rodriguez-Lopez est un artiste dont l’œuvre, toujours en pleine expansion, pour ne point dire ébullition, ne laisse jamais indifférent. Soit on adore, soit on déteste, soit on est capable d’accomplir le miracle d’être nuancé (chose que seul Alex sait faire à son égard, il me semble). Sa toute dernière parution, sortie ici au début janvier, continue sa tradition de nous offrir une musique libérée de toute préconception, de toute limite tangible – pas aussi extrême que Mr. Bungle et autres créations de Mike Patton, mais tout de même très près.

Cet album éponyme laisse de côté les prétentions progressives et conceptuelles de The Mars Volta, aussi savoureuses soient-elles, pour nous présenter une collection de 4 jams et une intro électronique, enregistrée l'été dernier à Amsterdam, lors de la tournée du groupe. Il n’est donc pas surprenant de voir que les éternels complices d'Omar y sont présent, à l’exception de Jon Theodore, ici substitué par le tout aussi talentueux, bombastique et diversifié Eric Salas; et de Isaiah Ikey Owens, que Marcel Rodriguez remplace aux claviers.

Les jams étendus du groupe sont plus que jamais des véhicules pour les solos incendiaires et inondés d’acide de Omar, que Marcel vient complémenter avec un barrage d’orgues électriques des plus délicieux car, la texture générée par cet instrument, soit-il un B3, un Hammond ou autre, est tout simplement géniale. De son côté, Adrian Terrazas-Gonzales, collaborateur sur Frances, ajoute sa touche à l’assaut complètement éclaté avec son jeu de saxophone qui n’est pas sans rappeler Coltrane... en orbite. La section rythmique, composée de Salas, de Juan Alderete à la basse, et de Cedric Bixler et Marcel aux percussions est sans faille, et chaque musicien y prend sa place de manière naturelle, à la limite entre l’instinct et le calcul méticuleux. On y remarque en effet une grande flexibilité, voire une symbiose, dans leurs prestations, qui sont assez puissantes pour tenir la route d’un bout à l’autre de l’album, et ne se laissent jamais noyer sous l’effluve de solos.

La réalisation de Omar et son intégration subtile d’overdubs enrichissent au plus haut point l’album et mettent en valeur le talent musical des protagonistes avec brio. Et que dire des manipulations électroniques, surtout en introduction – qui clanchent unilatéralement la somme de leurs confrères sur Frances de Mute – sinon que l’album ne pourrait avoir une meilleure entrée en matière, un calme apaisant précédant un déferlement auditif des plus percutants.

Étant donné son statut de collection de jams, il n’y a pas vraiment de moments individuels qui ressortent ou qui sont particulièrement mémorables, mais cette impression se traduit à l’ensemble du disque. Ainsi, malgré l’air décousu et libéré des pièces, on y observe clairement une vision cohérente : une synthèse frôlant la perfection entre rock psychédélique, jazz rock, free jazz, post-rock, et funk. Une musique toute en intensité et en émotion qui ne laisse aucune place à la facilité, à la technique sans âme, ni au préfabriqué. C’est solide tout au long du parcours et on ne pourrait s’attendre à autre chose de Omar et compagnie.

Moments les plus forts : Regenbogen stelen van prostituees et Jacob Van Lennepkade.

Moments les plus calmes (mais très forts) : Een ode aan Ed van Der Elsken et Vondelpark bij nacht.
- David De Garie-Lamanque, 27 Février 2006

 

 

Pistes
01 een ode aan ed van der elsken
02 regenbogen stelen van prostituees
03 jacob van lennepkade
04 vondelpark bij nacht
05 spookrijden op het fietspad