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| SIX ORGANS OF ADMITTANCE |
| Shelter From the Ash |
| Drag City |
| 2007 |
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| 8 sur 10 |
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Shelter From The Ash est à la
fois dédié à la mémoire des Sun City Girls et à l'oncle Jim Berry - « le
premier à m'avoir fait écouter du Iron Maiden ». Les deux influences, qui peuvent de
prime abord paraître contradictoires, sont réconciliées par Ben Chasny sur son
neuvième album en tant que Six Organs of Admittance. Disque de contrastes, Shelter
From The Ash est à la fois acoustique et électrique, spirituel et physique,
contemplatif et virulent. Les guitares furieuses de distorsion s'y éveillent lentement
pour supporter de délicates mélodies acoustiques, sans jamais briser malgré leur
intensité l'atmosphère feutrée de l'ensemble. Sur la splendide Strangled Road,
l'un des premiers points culminants d'un disque qui en compte plusieurs, elle se pose en
contrepoint aux douces harmonies chantées de Chasny et d'Elisa Ambrogio; rupture franche
qui, pourtant, n'entache en rien l'ambiance de feu de camp qui règne sur cette
chaleureuse procession. C'est deux pièces plus tard, sur la tumultueuse Coming To Get
You, que la menace jusqu'alors latente dans les rythmes subtilement tordus de la voix
et de la guitare du membre à temps partiel des Comets On Fire éclate enfin au grand
jour. Les sensibilités folk sont portées par une violence primitive qui tient presque du
métal; la spiritualité des Sun City Girls y rencontre la sexualité d'Iron Maiden, sans
ironie aucune.
The Sun Awakens, l'album précédent de Six Organs of Admittance, avait été
porté aux nus par plusieurs. Mais c'est vers le travail de composition plus raffiné du
supérieur School of the Flower que retourne Chasny sur Shelter From The Ash.
Plus que jamais, le musicien ficelle de véritables chansons: sa voix se fait entendre sur
la plupart des pièces, et la texture vient servir une pensée d'abord mélodique. Les
tons de guitare bruts mais fignolés, notamment cette électricité saturée qui était la
marque de commerce de The Sun Awakens, sont encore au coeur de sa démarche
musicale. Sauf que, cette fois-ci, Chasny ne se contente pas d'hypnotiser l'auditeur par
leur danse lascive. Son psychédélisme est plus construit, l'improvisation cédant le pas
à une écriture truffée de nuances: déconstruction originale des rythmes
conventionnels, emploi judicieux de la répétition, décalages nuancés de la tonalité
offrent un contrepoids aux solos survoltés du virtuose.
Ces conditions rassemblées donnent au final un disque non seulement plus instantanément
accessible que son prédécesseur, mais de surcroît plus satisfaisant au fil des
écoutes. Sur Shelter From The Ash, Chasny s'éloigne encore du canevas de l'école
Takoma; l'influence de John Fahey s'y fait toujours ressentir en filigrane, mais c'est du
côté du rock psychédélique anglais que pige le plus le guitariste. On ne peut
s'empêcher de penser aux compositions acoustiques du Pink Floyd des années 60, une veine
que minait déjà le groupe californien Citay sur l'excellent Little Kingdom. C'est
la présence de Tim Green au générique, à titre de réalisateur, qui assure la
continuité entre les deux albums. Mais tandis que Citay préfère les compositions et les
arrangements foisonnants, Chasny tend toujours à privilégier un certain minimalisme: Final
Wing se fonde sur la répétition hypnotique d'un motif atypique, accompagné par un
dense enregistrement atmosphérique, tandis que la douce Goodnight est une berceuse
mélancolique qui se résume à un souffle.
Sans conteste, la quiétude sur Shelter From The Ash va de paire avec un certain
classicisme somme toute très assumé. Mais, à défaut d'offrir son album le plus
aventureux, Chasny peaufine ici un style qui se veut de plus en plus distinct et
personnel. Ce qui frappe en définitive, c'est que Six Organs of Admittance opère
aujourd'hui selon des règles qui lui sont propres. On pourra citer sans se tromper
quelques influences directes sur son oeuvre, comme Cul de Sac ou encore les Sun City
Girls. Sauf que la comparaison la plus pertinente se fait maintenant avec les disques
précédents de Six Organs of Admittance. Ben Chasny n'est plus un jeune loup cherchant à
se tailler une place sur la scène psychédélique contemporaine. C'est un pilier du
néo-psychédélisme, un artiste auquel d'autres seront comparés. Sombre, ponctué
d'éclairs de génie, porté par les énigmatiques réflexions de son auteur, Shelter
From The Ash n'innove pas mais confirme l'importance et le talent de celui-ci. Sa
musique est l'expression de son engagement philosophique, la somme de son savoir et plus
encore l'articulation de sensibilités qui dépassent le domaine de la simple esthétique.
Sa musique est vraie. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 18
Janvier 2008 |
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