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| SUNN O))) & BORIS |
| Altar |
| Southern Lord |
| 2006 |
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| 8 sur 10 |
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2006 aura été une année de
mutations pour l'univers métal: même le New York Times s'est intéressé à
l'acceptation nouvelle d'un genre qui, des décennies durant, avait été vilipendé par
la critique bien-pensante. Tandis que les explosions épiques du brutal Blood Mountain
de Mastodon trouvaient preneur chez un public peu habitué à ce genre de violence sonore,
Isis poursuivait avec In The Absence of Truth le lent croisement du métal au
post-rock. Des limites furent repoussées, certains archétypes réitérés. Embrassé par
de nouveaux fidèles, le genre a évolué et repensé son approche sans toujours se
libérer de certains clichés bien implantés dans sa constitution génétique. Toutefois,
la rencontre entre Sunn O))) et Boris, deux géants d'un «métal nouveau», aura bravé
les définitions pour imposer une nouvelle vision du terme: Altar, arrivé en
magasins par un ténébreux 31 octobre, semble prendre à contre-pied la construction
technique du métal pour par ailleurs en produire une parfaite distillation spirituelle.
Bien entendu, les disciples de la bête Sunn O))) et de la formation japonaise Boris ont
déjà été exposés à la lecture désaxée que proposent des codes du métal ces deux
entités: rien n'est inventé sur Altar mais tout s'y déforme et, ayant atteint le
point de fusion, redevient malléable. La titanesque Akuma No Kuma se déchaîne
grâce aux envolées d'un vocoder se mêlant au gargouillement d'un Moog, alors que
guitares et batterie ne servent que dans une optique atmosphérique. La logique métal est
inversée, mais sa glorieuse intensité n'est que décuplée par l'arrivée sur scène
d'une horde de cuivres surchargés. Soudainement, l'Also sprach Zarathustra de
Richard Strauss semble servir de trame sonore tonitruante à l'apocalypse telle que
l'imagine H.P. Lovecraft.
Cette esthétique de la remise en question, l'album se l'impose dès l'incroyable Etna
sur laquelle il s'ouvre dans un décadente plénitude: faisant fi du spectacle de la
désolation, des hululements gutturaux de guitares s'arrachent aux amplificateurs se
réchauffant lentement. La batterie s'affirme par spasmes de double-pédale étouffés; un
riff de Black Sabbath incomplet zèbre l'horizon de sa puissance torturée. Tous les
éléments d'une chanson métal conventionnelle se sont réunis à l'autel mais refusent
de s'unir, laissant l'espace entre les sons prédominer sur le son lui-même. Encore une
fois, cette dynamique contemplative s'oppose à la décharge de notes caractéristique du
genre et, pourtant, son esprit glauque et l'opprimante menace qu'il évoque sont
parfaitement restitués.
Certes, quelques-uns accuseront les deux groupes de ne rien produire de réellement neuf
par leur union: la douloureuse toile de guitares Blood Swamp, à laquelle participe
Kim Thayil de Soundgarden, aurait très bien pu se glisser sur Flight of the Behemoth
de Sunn O))) ou Amplifier Worship de Boris. Mais ce serait oublier la somptueuse Sinking
Belle, collaboration avec la chanteuse Jesse Sykes et quelques membres de ses Sweet
Hereafters. Ballade déserte et désertique, douloureusement belle et infiniment triste, The
Sinking Belle (Blue Sheep) semble intemporelle et antique: ses effluves
psychédéliques étreignent amoureusement l'auditeur au point de l'étouffer. Qu'un piano
hanté accompagne la sulfureuse Sykes confirme l'atmosphère de cabaret-fantôme qui se
dégage d'un morceau somptueux ayant peu en commun avec le doom...
Dans cette atmosphère de crépuscule, le bleu vif de la nuit et le rouge sanglant du
soleil couchant s'affrontent de manière étrangement posée. Moins tonitruant que ne
l'annonçait sa distribution étoilée, Altar évoque un univers où le terme
«métal» n'inspire plus qu'une ambiance particulière. Fried Eagle Mind est un
morceau purement psychédélique qui se vide de tout son sang tout en laissant notre
conscience s'évaporer peu à peu. Les guitares n'y sont plus que des textures, ce
laboratoire de réverbérations et de délais s'entichant progressivement de distorsions
enivrantes. Les sens altérés, l'auditeur s'évanouit dans un environnement
somptueusement composé.
Misant sur la lenteur et l'obscurité, Altar s'immisce tel un mauvais présage dans
la conscience de l'auditeur. Ses sinistres ambiances de film d'horreur surréaliste
décomposent en éléments abstraits la matière première auditive de la peur et de
l'angoisse. Voici un métal qui ne craint pas de s'émanciper des conventions et qui, à
défaut de proposer une authentique révolution, cimente la domination de deux frères
spirituels sur une scène nouvelle et captivante que les auditeurs courageux n'ont pas
terminé d'explorer. Résumant de manière concise et évocatrice plusieurs années
d'expérimentation et bon nombre de tangentes stylistiques, Altar est une
excellente récapitulation d'oeuvres monolithiques dont le mystère se perce au fil des
écoutes. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 31
Décembre 2006 |
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