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| XAVIER CAFÉÏNE |
| Gisèle |
| Indica |
| 2006 |
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| 7.5 sur 10 |
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Les plus assidus dentre vous
auront sans doute constaté lampleur de lexode rural que subit la région de
lOutaouais à force de parcourir les élucubrations de ses nombreux enfants exilés
formant notre équipe de rédaction. Faisant moi-même parti de ce groupe de moins en
moins sélect, je suis admirablement bien placé pour vous faire part des difficultés que
cette réalité représente dans la vie de tous les jours. Constamment confondu pour un
Ontarien, jai dû mendurcir pour défendre mon identité nationale. Jai
dû apprendre à me tenir droit face aux regards interrogateurs de l'étranger doutant de
ma capacité à mexprimer en français. Jai appris à garder la tête haute
face aux blagues faciles de voitures modifiées, de techno et de piscines hors-terre qui
collent à ma ville natale. Toutefois, les années ont beau filer, je nai toujours
pu répondre à quiconque affirme que je suis le rejeton dun no mans land
culturel. Cest pourquoi le retour de Xavier Caféïne est important pour moi. Je
nai pas été témoin des heures de gloire de Caféïne. Ni du tapis tiré sous les
pieds de Poxy. Pourtant, je ressens le besoin que ce disque soit bien, ne serait-ce que
pour sauver lhonneur du rock de chez-moi!
Mais la responsabilité semble bien lourde pour être confiée à Xavier Caféïne. Après
tout, depuis le dernier album de sa formation Caféïne en 2000, le personnage est sombré
dans loubli le plus complet pour ne faire parler de lui quà loccasion
dun album en anglais au succès mitigé. Depuis, ne demeure que les fables
impliquant lutilisation de stimulants n'ayant finalement que bien peu à voir avec
le café. Il est donc difficile de savoir à quoi sattendre du retour de Xavier
Caféïne et de ce nouvel album en français fignolé dans le sous-sol parental à Aylmer.
Il semblerait toutefois que mon espoir nétait pas vain : Gisèle livre une
irrésistible dose de rock qui répond à toutes les attentes. Caféïne continue
darpenter les couloirs du rock garage, lui qui en avait été le pionnier au Québec
il y a déjà bientôt dix ans, tout en lui injectant une dose de pop qualifiable
dindie, comme quoi le mec sait se renouveller malgré les années passées loin du
micro. À ne pas confondre avec la formation Caféïne, ce disque est bien
luvre de Xavier Caféïne en solo, le rockeur jouant de tous les instruments
sur lalbum. Seule la batterie demeure majoritairement assurée par Pat Co de son
groupe original. Il sest toutefois entouré de quelques collaborateurs surprenant
sur plusieurs titres, soit Michel Langevin de Voïvod et les surs McGarrigle (ceci
nest pas une blague)! Il sest aussi assuré la collaboration dune
équipe du tonnerre derrière la console, faisant confiance à Glen Robinson (les Ramones,
Dave Grohl, Tori Amos
) en tant que co-réalisateur et profitant de la participation
occasionnelle de Gus Van Go (Les Vulgaires Machins, Priestess).
Le résultat est un solide album de rock garage fortement inspiré du new wave et de ses
claviers. On pense notamment à des formations comme The Cure, fétiche dune
ribambelle de groupes à la mode depuis quelques temps, ce qui confère à Gisèle
une actualité qui surprend dans le cadre de lalbum de retour dun artiste
oublié (malgré son jeune âge). Il faut donner à Caféïne ses lettres de noblesse : il
sait se servir de son rock pour propulser des mélodies accrocheuses à souhait. À quoi
bon tenter de résister à des pièces comme 1-2-3-4, carrefour entre les racines
punk de Caféïne et les bases new wave dInterpol? Ce ne serait que peine perdue
puisque la tout aussi excellente Montréal (Cette ville) attend dans lombre
avec une panoplie de moments accrocheurs à nous balancer. Si le simple se veut un fier
représentant de lalbum, on constate rapidement que plusieurs autres chansons
auraient pu prendre sa place. Gisèle, dont lénergie plus punk est
instantanément contagieuse, aurait certainement été à la hauteur.
La fin du monde poursuit dans cette même veine alors que le souffle de ce
rédacteur devient plus court : le rock de sa région pourrait-il vraiment être sauvé?
Il na pas à attendre beaucoup plus longtemps pour sa réponse alors que débute
lintrospective Le feu, remarquable chanson qui vient souligner la
savoureuse variété dont profite le disque malgré quelques pièces interchangeables.
Lintense Babylone nous ramène dans le punk abrasif en un clin
dil, mais ce nétait quun leurre alors que débute Satie,
qui porte son nom à merveille. Cheminant à la ville, écrite par Kate
McGarrigle (encore une fois, doù sort cette collaboration?!?), a son charme (et
rien à voir avec les surs McGarrigle ou tout autre membre de leur illustre
famille), alors que Les corbeaux, Laéroport et Corbillard
retombent à fond dans le new wave adapté au 21e siècle. Pékin Love vient
conclure officieusement lalbum avec une variété de rock chinois qui plaira
certainement à plusieurs, mais pas à ce rédacteur. Mais ce dernier était déjà vendu
depuis bien longtemps.
En définitive, leffort de Xavier Caféïne tient la route et vaut la peine
dêtre entendu. Ses chansons restent bien ancrées au fond de la tête. Elles y
rejoignent les pièces du second Breastfeeders, les deux albums semblant être conçus
pour être écoutés lun à la suite de lautre, et en boucle de surcroît. Le
rock de lOutaouais est-il sauvé? Lavenir seul saura nous répondre. Mais la
soirée banale que je mapprêtais à passer, elle, doit de sincères remerciements
aux refrains accrocheurs de Xavier Caféïne. À ne pas manquer pour retarder
lautomne à grands coups de rock. |
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| - Jean-François Cadieux, 30 Août
2006 |
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