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| THOM YORKE |
| Spitting Feathers EP |
| XL Recordings |
| 2006 |
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| 8 sur 10 |
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Lors de la sortie de The Eraser
lété dernier, bon nombre de mélomanes furent agréablement surpris de constater
que la direction empruntée par cette première galette signée uniquement de la main de
Thom Yorke (et du réalisateur Nigel Godrich) savéra à ce point mélodieuse.
Plusieurs croyaient alors que le leader de Radiohead profiterait de loccasion pour
pousser son exploration de la musique électronique encore plus loin pour nous servir un
disque rassemblant des compositions se rapprochant davantage de léclectisme des
derniers B-Sides de la formation originaire dOxford. La sortie de ce EP regroupant
un remix et quatre pièces inédites des sessions denregistrement de The Eraser
confirme une fois de plus la grande habileté de Yorke à départager les pièces de son
répertoire entre celles qui verront le jour sous la forme dun long-jeu et les
autres qui sortiront subséquemment à titre daccompagnements pour des singles ou
des compilations comme celle-ci. Une sélection qui brille à tout coup de par sa
lucidité et qui se fait bien souvent au détriment de certains morceaux aussi
fracassants, sinon plus, que ceux qui se frayèrent un chemin jusquau plat
principal.
En ce sens, Spitting Feathers est pour The Eraser ce que le Com Lag
de 2004 était pour Hail to the Thief. Une galette qui répond à quelques
questions laissées en suspend lors de la sortie du premier projet en solitaire de Thom
Yorke et qui continue de nous rendre on ne peut plus optimistes quant à la qualité du
septième album studio de Radiohead. Spitting Feathers se rapproche dailleurs
davantage de ce à quoi le quintette dOxford nous a habitués en terme de
compositions inédites suite aux sessions denregistrement dAmnesiac et
dHail to the Thief. Ce EP, seulement disponible en importation japonaise pour
le moment, fait de nouveau part des nombreuses préoccupations futures, quelles
soient dordre sociale ou purement musicale, face auxquelles les compositions de
Yorke tentent constamment de faire le point. À une époque où bon nombre de scènes
musicales se sont réorientées vers le passé, Yorke continue de regarder droit devant et
de faire progresser un genre qui a de plus en plus de difficultés à se réinventer sur
la place publique. En solo, Yorke signe évidemment une musique beaucoup moins ambitieuse,
mais la rencontre improbable quil propose ici entre lharmonie et le chaos lui
permet malgré tout de se tailler une place de choix dans un recoin déjà surpeuplé de
la musique électronique.
Même si limité à cinq pièces pour un peu plus de 21 minutes de musique, Spitting
Feathers impressionne malgré tout par sa diversité. La version allongée et
reconstruite de lhorrifiante Harrowdown Hill donne un second souffle à une
chanson déjà fort consistante à la base, alors que la sombre et planante A Rats
Nest reprend les mêmes traits que la magistrale How to Disappear Completely,
la guitare acoustique en moins. Les deux joyaux de ce EP demeurent toutefois The Drunkk
Machine et la trépidante Jetstream, dont les rythmes imposants ne sont pas
sans rappeler celles des B-Sides les plus réussis de lère Hail to the Thief,
en particulier Where Bluebirds Fly et Paperbag Writer. Lensemble se
termine sur Iluvya, une pièce sur laquelle Yorke combine le meilleur des deux
mondes : dessinant de façon incertaine de longues notes ambiantes sur lesquelles se
superposent diverses rythmiques complètement éclatées.
Spitting Feathers se veut donc beaucoup plus quune simple distraction devant
satisfaire avant tout les fans vendus davance à nimporte quel projet de Thom
Yorke et de Radiohead. Yorke signe ainsi un complément des plus substantiels à The
Eraser, lequel regorge de chansons tout aussi marquantes dont la fonction principale
est parfaitement assumée. Sil ne se sera pas complètement réinventé avec son
projet solo, Thom Yorke aura tout de même su modifier son approche de la musique
électronique, mais en gardant tout de même en tête doffrir une uvre aussi
accessible que possible, même lors des moments les plus froids et éclectiques. Seul le
temps nous dira si Yorke tentera dimposer cette approche auprès de ses confrères
avec qui il continue duvrer à la création de ce que le leader de Radiohead
décrit déjà comme un album scruttant les mêmes recoins quOK Computer,
mais dune manière encore plus terrifiante. |
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| - Jean-François Vandeuren, 30
Janvier 2007 |
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