 |
 |
| THE ARCADE FIRE + ST. VINCENT |
| Aréna Maurice Richard, 13
Mai 2007 |
|
Ce n'est pas seulement à une horde de
fanatiques affamés que devait se mesurer The Arcade Fire lors de son séjour de deux
soirs à l'Aréna Maurice Richard; le groupe montréalais faisait face à tous les types
de publics, du curieux ayant obtenu des billets Dieu seul sait comment au maniaque se
souvenant du temps où le groupe jouait encore à la Sala Rossa. Les élans nostalgiques
étaient inévitables et certains ne pardonneront jamais au groupe sa popularité; mais
The Arcade Fire n'est plus cette petite formation indie ayant pris d'assaut avec une
vigueur peu commune la scène montréalaise il y a de cela quelques années, et il faudra
tôt ou tard apprendre à vivre avec cette « triste » réalité. De toute façon, ce
petit groupe-ci a toujours vu grand: Funeral était rempli à ras-bord non pas de
chansons pop bien roulées mais bien d'hymnes rassembleurs inventés pour être entonnés
en choeur. L'élitisme réactionnaire de certains a rendu le simple fait d'aborder le «
phénomène Arcade Fire » incroyablement ardu. Le sujet est aujourd'hui épineux. On
croirait presque que la formation a trahis ses racines alors qu'elle se complique dans les
faits constamment la vie pour demeurer fidèle à ses racines indépendantes. La preuve?
Le glorieux retour au bercail des héros locaux prenait littéralement place « à l'autre
bout du monde », dans un aréna du fin fond du Far East de l'île qui n'avait pas dû
voir de concert rock depuis...
Non. Le dernier passage du giga-show d'boucane Harley-Davidson, ça ne compte pas.
Il serait injuste de ne pas mentionner la prestation plus qu'honnête du groupe texan St.
Vincent; les arrangements un peu vieillots, comme si quelques oldies inédites venaient
d'être rescapées d'un vieux tiroir poussiéreux, allaient de paire avec le jeu de
guitare fréquemment étonnant de la chanteuse Annie Clark apparue sur scène pour être
rejointe quelques deux chansons plus tard par un ensemble somme toute étoffé. Quelques
chansons, notamment la splendide Paris Is Burning, se démarquaient définitivement
du lot. Mais la foule s'était déplacée pour The Arcade Fire, et le splendide orgue
trônant sur scène rappelait à chaque instant leur triomphante puissance; plus tard dans
la soirée, ces mêmes haut-parleurs cracheraient à un volume ébouriffant la majestueuse
Intervention. Voilà qui a de quoi rendre le plus raisonnable des hommes impatient.
Intervention fût comme de raison magnifique, à l'instar de plusieurs autres
chansons du formidable Neon Bible; on se doit d'applaudir un groupe qui, en guise
de deuxième chanson de la soirée, a le courage d'asséner un morceau de l'envergure de No
Cars Go en sachant très bien que la foule va s'en remettre. Lorsque vous avez My
Body Is A Cage dans la manche, les choses ne paraissent jamais trop problématiques.
Arcade Fire est de cette rare race de groupes dont le répertoire est encore vierge de
tout véritable mauvais pas. Difficile, en effet, de décrier une pièce sous prétexte
qu'elle est indigne du reste: peu importe les pièces choisies, le « setlist » sera bon.
Mais, si je continues de penser que Neon Bible est supérieur à son
prédécesseur, le public confère toujours aux pièces de Funeral ses plus
généreuses effusions. Peut-on vraiment lui en vouloir? L'enchaînement consécutif de Neighborhood
#3 (Power Out) et de Rebellions (Lies) - dans une version aux intonations
étonnamment plus sombres - demeure un haut point notable de ce concert qui n'en manque
par ailleurs pas, tandis que Crown of Love séduit toujours par son abandon
romantique tendre et fort à la fois.
Il importe peu, en ce sens, que la plupart des pièces de Funeral suivent un
modèle franchement prévisible: un bon rythme carré cédant le pas, par le biais d'une
transition marquée, à une cadence accélérée. Réécoutez Wake Up et Tunnels
si votre mémoire vous fait défaut. En ce sens, l'excellente Black Wave/Bad Vibrations
- livrée sans faille ce soir - s'avère la pièce de Neon Bible la plus proche du
moule Funeral. Le reste du nouvel album se distingue par ses arrangements plus
raffinés, son intensité plus obscure et posée soulignant une parenté spirituelle
naissante entre Win Butler et un chansonnier comme Dylan, par exemple. Régine Chassagne,
bondissant d'un bord à l'autre de la scène tout au long de la prestation, est l'âme
punk du groupe, hurlant et se démenant avec une contagieuse fureur. Son intensité
étourdissante est emblématique d'une performance publique de The Arcade Fire. Le groupe
se contente de la suivre, appuyant ses généreux élans d'exubérance d'un enthousiasme
plus voilé mais tout aussi viscéral. Tout simplement, The Arcade Fire est une belle
bête sur scène: frénétique, un peu chaotique, mais en parfaite symbiose musicalement
parlant.
Triomphant sans problème sur l'inhumanité inhérente de l'amphithéâtre sportif, le
groupe montréalais a confirmé, comme s'il fallait encore en établir la preuve, qu'il
jouait dans la cours des grands: une présentation élaborée, appuyée par des
projections léchées, rehaussait l'ensemble de la performance. Mais, malgré l'envergure
de plus en plus imposante que prend la machine Arcade Fire, force est d'admettre que la
formation a toujours les deux pieds sur Terre. Tant et si bien que cette prestation
parfaitement orchestrée, calibrée avec un remarquable professionnalisme, paraissait en
bout de ligne simplement chaleureuse, authentique. Honnête, quoi! Seule ombre au tableau:
le groupe semble déjà délaisser l'excellente pièce-titre de son plus récent album et Windowsill,
hymne épique d'une rare beauté. |
|
| - Alexandre Fontaine Rousseau, 2
Juin 2007 |
|
 |