FRANCOFOLIES 2006 : DIONYSOS + GALAXIE 500
Spectrum // 16 Juin 2006
Ah, les Francofolies. Alors que Montréal vibre au son de la saison des festivals, votre rédacteur, affligé d'un épouvantable problème de pauvreté, se tourne les pouces en rageant. Car la programmation gratuite de cette édition 2006 laisse franchement à désirer. En guise de consolation, la série Hip Rap Rock est de retour, présentant de bons spectacles à prix modique mettant en vedette des groupes majeurs de la marge locale accompagnés de formations d'outre-mer.

Ce soir, le Spectrum était le théâtre d'un des événements les plus attendus sur la scène rock québécoise: le retour sur scène de Galaxie 500, grosse bête mécanique mythique du stoner rock bien de chez-nous. L'ultime supergroupe du Québec présentait Le temps au point mort en avril, mettant fin à une disette de quatre années pendant lesquelles les amateurs de rock ont presque perdu l'espoir d'un glorieux retour. Mais d'abord, c'est la formation française Dionysos qui ouvrait les hostilités.

La description typique de Dionysos semble aller comme suit: ils sont nuls sur disque mais donnent un spectacle d'enfer. Ayant confirmé la première partie de l'affirmation, il était temps d'aller vérifier la seconde. Dès les premiers pas dans l'enceinte du Spectrum, on constate qu'une majorité de la foule s'est déplacée pour Dionysos. Est-ce l'attrait de la provenance lointaine du groupe, des articles vendeurs des hebdos gratuits montréalais ou y a-t-il vraiment autant de fans de la formation? Nous ne le saurons jamais. Mais dès lors, il était évident que Dionysos avait la foule dans sa poche. Il faut dire que le chanteur et leader du groupe, Mathias, est une véritable bête de scène. Multipliant les acrobaties, l'homme semble être vraiment né pour les planches. Après s'être jetté à la foule à deux reprises, s'être rendu en body surfing à la console de son pour se lever sur un moniteur et continuer sa chanson sans micro, après avoir tenté, littéralement, de grimper dans les rideaux, le chanteur a confirmé la réputation scénique du groupe. Certains (comme moi) vous diraient que cet arrogant personnage est détestable et devrait être remis à sa place. Mais bon. L'aspect théâtral du spectacle rock, Dionysos le maîtrise indéniablement. Même si le chanteur se prend pour Jésus, selon ce qu'aurait dit un membre influent des colistiers de la soirée...

Le bémol, c'est lorsqu'on parle musique. Si votre définition d'un bon spectacle n'implique pas nécessairement des chansons de qualité ni un son efficace, c'est le groupe pour vous. Les autres auront toutefois de la difficulté avec la formation qui, derrière son imposante présence, cache des chansons beaucoup plus modestes autant en mélodies qu'en qualité de jeu. Dionysos sonne exactement comme ce à quoi on peut s'attendre d'un groupe rock français. Voix faible mais maniérée; violon «rock» sans trop rocker; influences de Noir Désir et de Louise Attaque; quelques tubes écrits dans un anglais boîteux; bref, le compte y est. La performance de Dionysos a aussi été entachée par la qualité sonore. À croire que le groupe avait passé outre les tests de son, causant un manque de définition des différents instruments. Donnons toutefois le bénéfice du doute à Dionysos qui a presque su briser la tradition des spectacles Hip Rap Rock selon laquelle le groupe de France se fait inexorablement démolir par la prestation du groupe du Québec. La foule était avec eux, après tout.

Enfin, le plat de résistance est servi une vingtaine de minutes après le son de minuit: une pesante claque à la figure bien huileuse gracieuseté de Galaxie 500. Déjà, depuis le lancement du dernier album en avril, la formation a connu des changements de personnel qui ne font que confirmer le statut mythique du groupe. Évidemment, Olivier Langevin, pierre angulaire du groupe, assure la guitare et la voix. Pierre Girard est de retour à la guitare et François Lafontaine, de Karkwa, reprend son poste de clavériste. Mais Fred Fortin, qui s'occupait de la basse lors du lancement, se retrouve maintenant à la batterie, cédant les abyssales fréquences à nul autre que Vince Peake, le viking du rock! Inutile de dire que les amateurs en sont ravis.

Galaxie 500 débute avec l'excellente Loop, ouverture de leur nouvel album, mais sans l'aplomb auquel on se doit de s'attendre. Le son semblait déficient. Les techniciens avaient peut-être de la difficulté à s'adapter à cette épaisse beurrée de rock après la plus coquette première partie? Était-ce la rouille qui devait être vaincue? Après tout, il s'agit de la première performance du groupe. Mais Galaxie 500 a vite repris du poil de la bête. S'attardant en entrée aux pièces de son Temps est au point mort, Galaxie 500 introduit ensuite au mélange les morceaux de son premier album éponyme. Force est d'admettre que celles-ci demeurent incroyablement efficaces sur scène. Patinoire était certainement l'un des meilleurs moment de la soirée. Mais La fièvre ou Chuck Berry, du dernier disque, ne laissaient certes pas leur place.

Malgré le début plus difficile, Galaxie 500 a livré une solide performance pour célébrer son retour en force. Un Olivier Langevin en grande forme a pleinement démontré à quel point sa puissante guitare peut jacker un son. L'incontestable présence sur scène de Vince Peake à la basse laisse également paraître ses deux ou trois spectacles d'expérience avec un groupe supposément connu par certains étranges. On a même eu droit à une première, à ma connaissance, aux Francofolies: la foule qui hue l'équipe technique voulant ranger le stock alors que tous souhaitaient un second rappel! La Mercury Cougar qu'a ensuite jouée le groupe n'en fut qu'encore plus divertissante.

C'est donc satisfait d'être assailli par le traditionnel buzz de tympans du rockeur que j'ai quitté le Spectrum, la tête pleine de guitare et de remarques cyniques à l'égard du rock de France.

Jean-François Cadieux, 29 Juin 2006