Les lumières séteignent.
Quelques publicités radiophoniques flottent curieusement dans les airs. Et voilà que les
cinq membres de Radiohead font leur entrée sur scène pour enivrer les quelques 2900
personnes qui se sont battus corps et âme ou qui ont dépensé des sommes astronomiques
pour assister à ce qui allait assurément être un des spectacles les plus importants de
lannée 2006. Présentement libéré de tout contrat avec une étiquette de disque,
Radiohead ne fait pas cette courte tournée nord-américaine que par simple plaisir. Hail
to the Thief a déjà trois ans et les fans rêvent jour et nuit de lannonce de
la parution du septième album du groupe mythique dOxford, lequel ne verra
vraisemblablement pas le jour avant 2007. Pour nous mettre encore plus leau à la
bouche, le tiers du nouveau spectacle de la bande à Thom Yorke est composé de nouvelles
chansons. Même si nous sommes parfois pris au dépourvu, ce premier contact avec le
nouveau matériel de Radiohead savère déjà des plus prometteurs.
À lopposée de la performance plus rock du 11 juin, le premier des deux spectacles
présentés dans la métropole montréalaise misa beaucoup plus sur la création
dambiances glauques et lugubres, que le groupe véhicula étrangement avec un
enthousiasme contagieux. Cest The Gloaming qui donna le coup denvoi
et, par le fait même, le ton à ce qui allait suivre. Ce nétait pourtant pas
forcément les morceaux les plus imposants du répertoire du groupe qui étaient à
lhonneur ce soir-là. Radiohead semblait avoir un concept plus spécifique en tête.
À cet effet, seulement deux pièces dOK Computer ont été jouées, soient
les paralysantes Climbing Up the Walls et Lucky. Les valeurs sures
telles Paranoid Android, Karma Police ou encore I Might Be Wrong
dAmnesiac ont été gardées en réserve pour le spectacle du lendemain.
Pour cette première de deux sorties, Kid A fut à lhonneur. Si vous
vouliez voir Thom se déchaîner plus que jamais sur la formidable Idioteque ou
vous effondrer devant la planante How to Disappear Completely, cétait le
bon soir.
Évidemment, tous attendaient avec impatience de pouvoir enfin jeter une oreille à ses
fameuses nouvelles chansons. Bien que pas aussi déstabilisantes quun Kid A
après un OK Computer, le potentiel de celles-ci est déjà énorme. Radiohead
semble, du moins sur scène, être revenu à une formule musicale plus rock et
"traditionnelle". Les chansons plus sombres culminent formidablement sur le
sentiment durgence dagir au quotidien que le groupe véhicule toujours aussi
fortement. La formation britannique nous a même fait part de quelques pièces plus
rayonnantes (à la manière Radiohead, on sentend) telles 15 Step et ses
tapements de mains des plus accrocheurs, et la plus rock Bangers n Mash
qui nous ramène directement à lépoque de The Bends.
Radiohead nous aura donc fait grâce dune performance des plus éblouissantes
séchelonant sur une durée dun peu plus de deux heures comme ça avait été
le cas lors des deux spectacles du groupe au Parc Jean Drapeau en 2001 et 2003. Le
quintette dOxford aura ainsi rassuré tous les fans présents en montrant quil
avait encore énormément de suite dans les idées. Certaines chansons comme 15 Step,
Videotape et la désarmante 4 Minute Warning peuvent déjà être
considérées comme des classiques. Il ne nous reste plus quà attendre quelques
mois avant de pouvoir réentendre ces nouveaux coups de génie agrémentés du travail
studio des plus méticuleux auquel le groupe nous a toujours habitué. Heureusement, il y
a The Eraser pour nous faire partienter jusque-là
Jean-François
Vandeuren, 29 Juin 2006
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