RADIOHEAD + THE BLACK KEYS
Salle Wilfred-Pelletier (PDA) // 10 Juin 2006
Les lumières s’éteignent. Quelques publicités radiophoniques flottent curieusement dans les airs. Et voilà que les cinq membres de Radiohead font leur entrée sur scène pour enivrer les quelques 2900 personnes qui se sont battus corps et âme ou qui ont dépensé des sommes astronomiques pour assister à ce qui allait assurément être un des spectacles les plus importants de l’année 2006. Présentement libéré de tout contrat avec une étiquette de disque, Radiohead ne fait pas cette courte tournée nord-américaine que par simple plaisir. Hail to the Thief a déjà trois ans et les fans rêvent jour et nuit de l’annonce de la parution du septième album du groupe mythique d’Oxford, lequel ne verra vraisemblablement pas le jour avant 2007. Pour nous mettre encore plus l’eau à la bouche, le tiers du nouveau spectacle de la bande à Thom Yorke est composé de nouvelles chansons. Même si nous sommes parfois pris au dépourvu, ce premier contact avec le nouveau matériel de Radiohead s’avère déjà des plus prometteurs.

À l’opposée de la performance plus rock du 11 juin, le premier des deux spectacles présentés dans la métropole montréalaise misa beaucoup plus sur la création d’ambiances glauques et lugubres, que le groupe véhicula étrangement avec un enthousiasme contagieux. C’est The Gloaming qui donna le coup d’envoi et, par le fait même, le ton à ce qui allait suivre. Ce n’était pourtant pas forcément les morceaux les plus imposants du répertoire du groupe qui étaient à l’honneur ce soir-là. Radiohead semblait avoir un concept plus spécifique en tête. À cet effet, seulement deux pièces d’OK Computer ont été jouées, soient les paralysantes Climbing Up the Walls et Lucky. Les valeurs sures telles Paranoid Android, Karma Police ou encore I Might Be Wrong d’Amnesiac ont été gardées en réserve pour le spectacle du lendemain. Pour cette première de deux sorties, Kid A fut à l’honneur. Si vous vouliez voir Thom se déchaîner plus que jamais sur la formidable Idioteque ou vous effondrer devant la planante How to Disappear Completely, c’était le bon soir.

Évidemment, tous attendaient avec impatience de pouvoir enfin jeter une oreille à ses fameuses nouvelles chansons. Bien que pas aussi déstabilisantes qu’un Kid A après un OK Computer, le potentiel de celles-ci est déjà énorme. Radiohead semble, du moins sur scène, être revenu à une formule musicale plus rock et "traditionnelle". Les chansons plus sombres culminent formidablement sur le sentiment d’urgence d’agir au quotidien que le groupe véhicule toujours aussi fortement. La formation britannique nous a même fait part de quelques pièces plus rayonnantes (à la manière Radiohead, on s’entend) telles 15 Step et ses tapements de mains des plus accrocheurs, et la plus rock Bangers ‘n’ Mash qui nous ramène directement à l’époque de The Bends.

Radiohead nous aura donc fait grâce d’une performance des plus éblouissantes s’échelonant sur une durée d’un peu plus de deux heures comme ça avait été le cas lors des deux spectacles du groupe au Parc Jean Drapeau en 2001 et 2003. Le quintette d’Oxford aura ainsi rassuré tous les fans présents en montrant qu’il avait encore énormément de suite dans les idées. Certaines chansons comme 15 Step, Videotape et la désarmante 4 Minute Warning peuvent déjà être considérées comme des classiques. Il ne nous reste plus qu’à attendre quelques mois avant de pouvoir réentendre ces nouveaux coups de génie agrémentés du travail studio des plus méticuleux auquel le groupe nous a toujours habitué. Heureusement, il y a The Eraser pour nous faire partienter jusque-là…

Jean-François Vandeuren, 29 Juin 2006